Journal

David Lively interprète le Concerto pour piano, chœur d’hommes et orchestre de Busoni aux Invalides – Dompter le monstre – Compte-rendu

 
2024 marque le centenaire de la mort de Ferruccio Busoni et, à en juger par les programmes des concerts et récitals à venir, cette commémoration n’aura qu’un assez faible retentissement en France – comme on pouvait s’y attendre ...  Mais il est heureusement des exceptions : la saison musicale des Invalides, dès le mois de janvier, nous en a offert une – de taille ! – en programmant David Lively dans le Concerto pour piano, chœur d’hommes et orchestre op. 39, œuvre sans doute la plus monumentale de littérature concertante par ses proportions quelque peu ... intimidantes (5 mouvements, près de 75 minutes).
 
Rares sont les pianistes qui ont osé s’aventurer dans cet ouvrage, osé défier un véritable monstre musical. David Lively en fait partie, lui qui dès 1990 avait signé un très bel enregistrement de l’Opus 39 sous la direction de Michael Gielen. Le pianiste franco-américain, qui a eu l’occasion de donner l’ouvrage en Afrique du Sud il y a une quinzaine d’années, le retrouve donc pour un concert avec l’Orchestre symphonique de la Garde Républicaine et le Chœur de l’Armée française. Etrange ouvrage où, dans les trois premiers mouvements, la virtuosité s’inscrit dans une perspective anti-romantique en ce que le compositeur l’utilise tel un masque derrière lequel il se cache. Les moments où Busoni fend l’armure ne sont pas nombreux et tout l’art de David Lively est de les débusquer et de les éclairer tandis que le grand fleuve musical s’écoule avec une force irrépressible.
 
Bien que l’acoustique des Invalides ne permette pas de goûter autant qu’il le faudrait le travail de l’orchestre, il faut saluer le souffle que Sébastien Billard imprime à une interprétation où le soliste, comme c’était le cas dans son enregistrement, conserve toujours une exceptionnelle lisibilité –particulièrement bienvenue dans cette acoustique justement. Le quatrième mouvement All’italiana éblouit par sa virtuosité solaire, et prouve que l’interprète a su ne pas dépenser toutes ses forces dans ce qui précédait. Si les quatre premiers volets décrivent l’itinéraire d’« un personnage mythique traversant une épopée héroïque », pour reprendre la juste formule de David Lively, le final avec chœur prend des allures de mort et transfiguration. Disposé dans les galeries – quasi invisible comme le souhaitait Busoni – le magnifique Chœur de l’Armée française (dir. Aurore Tillac) fait du Cantico final un moment d’émotion rare, émotion et accomplissement que l’on lit sur le visage du soliste, comme dans un jeu prodigieusement maître de son sujet jusqu’à la dernière note.
 
Alain Cochard

 

Paris, Cathédrale Saint-Louis des Invalides, 25 janvier 2024
 
Photo © DR

Partager par emailImprimer

Derniers articles