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Hélène de Montgeroult : « Une chaînon merveilleux entre Mozart et Chopin »

La mémoire de la marquise Hélène de Montgeroult doit tout à Jérôme Dorival , auteur du seul ouvrage en langue française consacré à cette artiste étonnante.(1) Sans les recherches et l’enthousiasme de ce musicien et historien, le CD que Nicolas Stavy (photo) vient de publier chez Hortus et le récital qu’il donnera samedi prochain à Paris n’existeraient pas.

Sauvée par l’intervention auprès du Comité de Salut Public, en 1794, d’une délégation de musiciens (où figuraient des compositeurs tels que Méhul, Cherubini et Gossec) - un épisode narré par le corniste Dauprat qui le tenait directement de l'intéressée -, Hélène de Montgeroult ne pouvait que séduire le passionné de la Révolution française qu’est Jérôme Dorival. C’est l’un des meilleurs professeurs de piano de l’époque qui fut ainsi épargné par la guillotine. Ajoutons qu’une improvisation sur La Marseillaise devant les membres du Comité de Salut Public acheva de décider du sort heureux de la virtuose marquise…

Le rang d’Hélène de Montgeroult l’empêcha de se produire en public et c’est d’abord à la pédagogie et à la composition qu’elle se consacra. Comme le rappelle Jérôme Dorival, Marmontel a plus tard fait des commentaires réservés sur sa musique, en la comparant à celle d’un Chopin par exemple. « Il oubliait seulement que, née en 1764, Hélène de Montgeroult était une contemporaine de Mozart et de Beethoven », rappelle-t-il…

La production d’Hélène de Montgeroult étonne par son caractère résolument novateur. Jérôme Dorival la décrit comme « un chaînon miraculeux entre Mozart et Chopin ». On trouve des citations de sa musique dans l’Album pour la jeunesse de Schumann et celui qui a tant fait pour sa redécouverte relève « une proximité troublante entre son Etude n°55 et le célèbre Lied «Auf dem Wasser zu singen de Schubert ». Il était difficile pour un compositeur du XIXe siècle de se réclamer d’une femme et si Thalberg cite mot à mot Montgeroult dans son « Art de chanter au piano », il se borne à évoquer… « une femme célèbre ».

Convaincu de l’intérêt des compositions de l’auteur du Cours complet (ouvrage entrepris en 1788 et publié vers 1812), Jérôme Dorival avait d’abord tenté, en vain, de convaincre un éditeur de réaliser CD. « On m’a ri au nez », se souvient-il… Sans se laisser décourager il a alors entrepris, avec les moyens du bord, de réaliser un premier enregistrement avec le pianiste Bruno Robillard. Hortus l’a finalement publié ; la curiosité et l’intérêt qui ont entouré sa publication expliquent qu’un nouveau volume a suivi, confié à Nicolas Stavy cette fois.

Jérôme Dorival se réjouit de l’attirance du jeune pianiste pour la musique d’Hélène de Montgeroult. « Nicolas est un artiste exigeant qui réfléchit sur son art, je suis emballé par son interprétation, son sens de la forme ». Au Reid Hall samedi, le récital de Nicolas Stavy mêlera des pages de Montgeroult et de Chopin : une excellente manière de mettre en valeur les visionnaires trouvailles de la marquise.

Alain Cochard

(1) Editions Symétrie

Récital de Nicolas Stavy. Samedi 28 mars à 20h 30. Reid Hall. 4 rue de Chevreuse 75006 (M° Vavin). Infos/Résa. : 01 44 94 00 15

Photo : DR
 

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