Journal

Ecole Normale de Musique de Paris-Alfred Cortot – Dynamisme retrouvé

La première saison du Centre de Musique de chambre de Paris, lancée avec succès par Jérôme Pernoo en novembre dernier, s’est terminée il y a peu et redémarre à la rentrée prochaine. Le 8 mai, l’Orchestre de chambre de l’Ecole Normale se produit, sous la direction de Philippe Entremont, avant que les 3èmes Rencontres professionnelles de la Salle Cortot ne se tiennent les 11 et 12 mai.
 
Vieille dame longtemps assoupie, l’institution du 114 bis Boulevard Malesherbes retrouve une belle vitalité et la chose n’est évidemment pas sans lien avec la présence à sa tête, depuis janvier 2013, de Françoise Noël-Marquis (photo). Après des activités professionnelles dans le conseil en organisation, la recherche de financements, la mise en place de partenariats public/privé, cette dernière a pris les rênes de l’institution fondée en 1919 par Alfred Cortot et Auguste Mangeot, critique et directeur de la revue Le Monde Musical. Mélomane passionnée, violoncelliste amateur, F. Noël-Marquis est le seul membre non musicien professionnel de l’équipe de direction d’un établissement entièrement privé, mais lui apporte une expérience et un sens des réalités économiques particulièrement précieux dans la période présente.
 
Elle nous reçoit dans son modeste bureau aux murs couverts de photos (1) – « mes fantômes » s’amuse-t-elle - ; des témoins de la prestigieuse histoire d’un lieu dont les murs « suintent la musique », comme l’a joliment dit Bruno Rigutto. Un superbe immeuble de 1880 (il a été légué à l’Ecole Normale), typique des constructions de la plaine Monceau, auquel Auguste Perret, l’architecte du Théâtre des Champs-Elysées, adjoignit en 1929 (sur l’emplacement des écuries) une salle de concerts de 400 places à l’acoustique miraculeuse – « C’est un Stradivarius » s’exclama Cortot en la découvrant !

 L'Ecole Normale de Musique de Paris-Alfred Cortot © DR 

Investie d’une « mission », d’une « responsabilité morale », la directrice ne cache pas son « sentiment de fierté à faire perdurer une institution de patrimoine culturel français. » Et F. Noël-Marquis de souligner que l’Ecole Normale de Musique naquit au lendemain de la Première Guerre mondiale sous les auspices... du ministère des Affaires Etrangères. Un détail d’importance qui rappelle que l’établissement, avant d’être le lieu de diffusion des conceptions pédagogiques de Cortot, a d’abord été destiné à former des étudiants étrangers à l’interprétation de la musique française et, partant, à contribuer à la diffusion de celle-ci dans le monde.
 

Cours de musique de chambre © DR
 
Avec un total d’environ 900 élèves actuellement, l’Ecole Normale continue d’exercer une considérable attractivité par-delà nos frontières. Cortot fait figure de véritable dieu au Japon : rien d’étonnant à ce que ce pays fournisse le principal contingent d’étudiants. Mais c’est plus globalement l’Asie (Chine et Corée du Sud sont très présentes aussi) qui domine parmi des élèves où pas moins de 51 nationalités sont représentées (avec une poussée non négligeable du Brésil ces derniers temps). Les pianistes occupent un tiers des effectifs et, au sein d’un corps enseignant de 140 membres (en additionnant professeurs, assistants et accompagnateurs), on dénombre 40 professeurs de piano. Si la prééminence de ce dernier demeure incontestée, le chant occupe une belle place aussi, situé au deuxième rang des disciplines pratiquées.
 

Lucas Debargue, Prix Cortot 2016 © Felix Broede

La mise en œuvre du processus de Bologne (consistant à s’aligner sur le système Licence-Master) a provoqué une mutation profonde dans le domaine de l’enseignement musical depuis 2008. Ce changement d’environnement amène évidemment un établissement à 100% privé et payant (les frais de scolarité avoisinent les 3500 € par an et, grâce au Cercle des mécènes de l’Ecole Normale, un peu plus d’une centaine de bourses sont attribuées) à réfléchir sur sa place aujourd’hui. L’Ecole Normale de Musique de Paris ne cherche pas à se positionner en concurrente des grands établissements publics d’enseignement musical, mais de façon complémentaire, forte de sa spécificité, de son histoire – et de la totale liberté d’organisation qui est la sienne.
« Notre place se trouve toute seule, naturellement, confie F. Noël-Marquis. Je constate que nous accompagnons de plus en plus d’étudiants qui ont un Master et viennent chez nous pour recevoir une formation complémentaire. Nous restons attachés à des méthodes d’enseignement traditionnelles, mais les temps ont changé ; il faut s’adapter avec un constant souci d’exigence et d’excellence. Je me félicite de la manière dont le corps enseignant accueille de façon très positive ces évolutions. »
 
Si la Salle Cortot a été construite pour répondre aux besoins de l’Ecole, elle est aussi sa vitrine et, de ce point de vue, reflète son fonctionnement, son état d’esprit. On a rappelé plus haut que la passionnante aventure du Centre de Musique de Chambre de Paris a démarré à la fin de l’année de passée : Jérôme Pernoo et son équipe seront à nouveau au rendez-vous la saison prochaine. Tout comme les Concerts parisiens de Philippe Maillard, qui ont lancé une série dédiée au clavecin – difficile de trouver salle plus parfaite pour cet instrument ...

Ronald Noerjadi, Prix Cortot 2016 © DR
 
La salle Cortot se doit de terminer dès le début avril sa saison de concerts pour faire place aux concours de fin d’année. Dans ce cadre, les curieux de jeunes talents ont pu assister ce 4 mai au tout dernier des récitals publics du Concours pour le Diplôme Supérieur de Concertiste de l’Ecole Normale de Musique. C’est d’ailleurs au terme des journées des 15 et 16 avril derniers (consacrées aux piano) que le Prix Cortot 2016 a été décerné ex æquo à Lucas Debargue et Ronald Noerjadi.(2)
Quant au concert du 8 mai avec l’Orchestre de Chambre de l’Ecole Normale, il augure d’un superbe moment sous la baguette d’un professeur d’enthousiasme nommé Philippe Entremont. La Symphonie de chambre op. 73a de Chostakovitch/Barshai et Appalachian Spring de Copland occupent le programme.
 
Enfin, les Rencontres Professionnelles (3) sont pour leur part nées en 2014 de la volonté de F. Noël-Marquis « de réintégrer la Salle Cortot dans le milieu professionnel de la musique classique » – et aussi de rappeler que ce lieu appartient à l’Ecole Normale de Musique de Paris. D’une seule journée lors de la première édition, on est passé à deux en 2015 et cette formule demeure cette année. « Des rencontres de ce type sont chose très courante dans le milieu professionnel qui était le mien avant d’arriver à l’Ecole Normale, remarque la directrice ». La présence d’experts en communication, directeur de festivals, agents, consultants en mécénat et financement de projets, artistes, journalistes, etc. promet de faire des 11 et 12 mai un rendez-vous aussi stimulant qu’enrichissant. Concertclassic se réjouit d'y prendre part.
 
Alain Cochard
 

logo signature article

(1) dont un cliché d’Henri Dutilleux, qui fut Président de l’Ecole Normale de Musique de 1968 à 1974, chose que l'on oublie généralement.  
 
(2) On pourra entendre Ronald Noerjadi, le 14 juin prochain dans le cadre des « Nuits du Piano », organisées à La Défense en coopération avec l’Ecole Normale / Rens. http://www.ecolenormalecortot.com/events/concert-les-nuits-du-piano-2/
 
(3)3ème Rencontres Professionnelles de la Salle Cortot, 11 et 12 mai 2016 /www.rencontresprofessionnelles.com/
 
 
Site de l’Ecole Normale Normale de Musique / Salle Cortot
http://www.ecolenormalecortot.com/
 
Photo © DR

Partager par emailImprimer

Derniers articles