Journal

L’opérette

Depuis ses origines, l’opéra-comique (caractérisé par l’alternance du chanté et du parlé) avait toujours été plus léger que franchement drôle, même si cela ne sera plus forcément vrai durant la seconde moitié du XIXe siècle. La tragique conclusion de Carmen – ouvrage pourtant qualifié d’opéra-comique par Bizet – le prouve. La demande du public pour des œuvres vraiment comiques, ajoutée à l’évolution des mœurs, a favorisé l’apparition de l’opérette.

« Fille de l’opéra-comique ayant mal tourné », selon le mot de Saëns-Saëns, l’opérette n’est pas régie par une définition stricte et des réalisations très variées ressortissent à cette catégorie. Au XIXe siècle, la plupart des opérettes sont sous-titrées “opéra-comique”, “opéra-bouffe”, « comédie-vaudeville, « opéra-féerie » parfois, et au siècle suivant bien des « comédies musicales » seront rangées parmi les « opérettes ».

Quelques caractéristiques communes se détachent toutefois d’un genre rattaché à la seconde moitié du XIXe siècle et à la première du suivant (bien que l’on compose encore des opérettes à notre époque). La musique relève tout d’abord d’un style plus populaire que dans des opéras traditionnels. On y trouve beaucoup de parodie aussi (LOrphée aux Enfers d’Offenbach parodie non seulement le mythe d’Orphée mais aussi l’opéra de Gluck). Qui dit opérette songe immédiatement à Offenbach. Il y a peut-être plus de titres devenues célèbres dans le catalogue du « Mozart des Champs-Elysées » (Rossini dixit) que chez tous les autres compositeurs d’opérette réunis (Orphée aux Enfers, La Vie Parisienne, La Belle Hélène, La Périchole , Les Brigands, La Grande-Duchesse de Gérolstein , La Fille du tambour-major, Barbe-Bleue, etc.). Pourtant, quand d’aucuns louent Offenbach comme le créateur du genre, des voix s’élèvent, à juste titre, pour rappeler le rôle éminent que joua aussi Hervé dans son essor.

Hervé c’est Louis-Florimond Ronger (1825-1892), personnage singulier (« le compositeur toqué » l’a-t-on surnommé) et auteur de dizaines de partitions, la plus célèbre étant Mam’zelle Nitouche (1883).
Quant à savoir qui de lui ou d’Offenbach “créa” véritablement l’opérette ... il s’agit d’une question complexe, notamment à cause de l’absence de définition stricte du genre. Hervé fait quoi qu’il en soit figure de pionnier en ce domaine.

Dans la descendance d’Offenbach et d’Hervé, nombre d’autres musiciens ont abordé avec bonheur l’opérette : Charles Lecocq (La Fille de Madame Angot, 1873), Léo Delibes, Emmanuel Chabrier, Robert Planquette, Claude Terrasse, André Messager, etc.
L’entre-deux-guerres fut une période faste aussi avec des musiciens tels que Maurice Yvain (Yes !, 1928), Henri Christiné, Raoul Moretti ou Moisés Simóns et des partitions souvent marquées par l’influence des Etats-Unis.

Bien des ouvrages emblématiques sont nés en France, mais l’opérette, ne l’oublions pas, a été magnifiquement illustrée à l’étranger également : les compositions de Johann Strauss II et Franz Lehár en Autriche, ou du tandem Gilbert & Sullivan outre-Manche en témoignent.

Une « Fille de l’opéra-comique ayant mal tourné » ? « Mais les filles qui tournent mal ne sont pas toujours sans agrément », poursuivait Saint-Saëns ...

La Belle Hélène au Grand Théâtre de Genève © GTG / Carole Parodi

 

Partager par emailImprimer

Derniers articles