Journal

Claire Gibault dirige Pollicino

Des femmes chefs d'orchestre ? Même si une frange passablement machiste ou misogyne du public et de la critique feint de l'ignorer, cela existe bel et bien et il en est de grand talent ! Claire Gibault est de celles-là et l'on se réjouit de retrouver une musicienne, trop rare à Paris, au Châtelet à partir du 19 avril pour quatre représentations du Pollicino (Le Petit Poucet), conte en musique de Hans Werner Henze.

L'emploi du temps n'est pas toujours de tout repos pour une artiste qui conjugue la musique et les activités politiques. On se souvient en effet qu'aux dernières élections au Parlement Européen, Claire Gibault a été élue députée et appartient aujourd'hui à la Commission Culture et Education et à celle des Droits des femmes et de l'égalité des genres. Par ailleurs, depuis l'an dernier, elle assiste Claudio Abbado à la tête du tout nouvel Orchestre Mozart de Bologne. Claire Gibault aime l'Italie et celle-ci le lui rend bien ! Déjà en 1995, elle avait été la première femme à diriger l'Orchestre de la Scala de Milan et, entre 2000 et 2002, elle a assuré la direction musicale de Musica per Roma.

"L'art n'est pas la vie. La Vie n'est pas l'art. Comment les réconcilier sans les sacrifier l'un à l'autre ? Je n'ai trouvé qu'une réponse : en créant un art de vivre avec passion, douceur, émerveillement et étonnement. Il n'y a qu'un seul art de vivre, c'est celui non pas de tuer la passion, mais de vivre avec passion." : faite Docteur honoris causa de l'Université Catholique de Louvain, Claire Gibault concluait en ces termes son discours de réception, le 2 février 2005. Un parfait résumé d'une personnalité qui conjugue enthousiasme et simplicité.

Comment réussissez-vous à conjuguer vos fonctions de députée européenne et le métier de chef d'orchestre dans une période musicalement chargée comme celle-ci ?

C.G. : "J'essaie de partager mon temps à égalité entre les deux activités. Pas de week-end, pas de vacances : dans les semaines libres du Parlement, je suis tout le temps en concert. Mais c'est tellement passionnant de part et d'autre que je garde le moral. Il reste qu'il n'est pas toujours simple de m'occuper des deux enfants que j'élève seule en parallèle."

Comment s'organise votre travail auprès de Claudio Abbado à l'Orchestre Mozart de Bologne ?

C.G. : "L'orchestre a donné son premier concert le 4 novembre 2004. J'ai assisté Claudio Abbado dans la préparation des premiers concerts. J'avais auparavant fait seule des auditions de recrutement. Il s'agit d'un orchestre de très haut niveau, constitué des meilleurs solistes européens, qui se réunit cinq fois par an pour des sessions de trois semaines. Claudio Abbado m'a entièrement confié la session du mois de mars 2005 et je viens de donner un programme Pärt-Britten-Haydn au Teatro Manzoni. En juin prochain, Claudio Abbado dirigera le Requiem de Mozart et Prometeo de Nono.

Avec Pollicino de Henze, vous retrouvez une œuvre qui vous est familière ?

C.G. : "En effet, lorsque j'assurais la direction de Musica per Roma j'ai eu l'occasion de diriger onze représentations de l'ouvrage dans une mise en scène de Daniele Abbado. J'ai beaucoup travaillé avec Henze, qui habite non loin de Rome. Il avait d'abord conçu Pollicino en italien pour le Festival de Montepulciano, puis il en a réalisé une version allemande et il m'a autorisée à en faire une adaptation française pour le Châtelet."

Comment présenter Pollicino à ceux qui ne connaissent pas encore cet ouvrage ?

C.G. : "Pollicino ( Le Petit Poucet) est un conte pour enfants qui peut être entendu et lu à plusieurs niveaux. On y trouve d'abord un univers sonore propre à séduire les jeunes auditeurs (avec des instruments tels que le xylophone, le métallophone, les flûtes à bec, les cromornes), mais si l'on a une culture musicale l'ouvrage peut être perçu à un autre degré (avec les références que Henze fait à notre patrimoine musical - des clins d'œil à Verdi, à Donizetti ou à Schubert par exemple) et c'est alors un ravissement d'orchestration et de poésie."

Pour conclure, quel est le message que l'artiste et députée européenne, membre d'une formation très europhile (l'UDF), souhaite délivrer alors que la date du référendum du 29 mai approche ?

C.G. : "Les artistes sont européens depuis très longtemps - souvenez vous des voyages de Mozart, de Berlioz et de tant d'autres ! Nous avons aujourd'hui besoin d'aller plus loin et de préserver la diversité culturelle des pays européens. Au fond, la Constitution renforce la subsidiarité, c'est à dire le droit de chaque pays à protéger son identité et son patrimoine culturels - et c'est là une grande sécurité. Mais la Constitution renforce aussi les échanges et il est extrêmement important d'accroître les échanges culturels et linguistiques - les traductions par exemple."

Propos recueillis par Alain Cochard

Pollicino de Hans Werner Henze. Théâtre du Châtelet. Réservations.

Henze en DVD

Photo : DR
 

Partager par emailImprimer

Derniers articles