|
Avec Ion, son opéra créé en septembre dernier avec l’Opéra du Rhin à Strasbourg, le compositeur anglais Param Vir nous fait revivre la tragédie grecque d’Euripide à travers une musique qui s’inspire de Messiaen.
Sur fonds de drames, la pièce explore l’amour dans toute sa profondeur et ses nombreuses manifestations : crime, enfant abandonné, adultère, mensonge... « Sa structure se déploie d’une manière quasi symphonique. Elle donne une représentation du monde sur plusieurs niveaux : les dieux, les citoyens, les esclaves. Ce qui la rend propre à un traitement opératique » explique Param Vir.
Sa musique, influencée par Messiaen, souligne ces différences. Par l’écriture, où il emploie les modes à transposition limitée de Messiaen pour délimiter des domaines harmoniques correspondants aux différentes classes sociales de ses personnages (Apollon, Athéna et Hermès parcourent par exemple le cycle des quintes). Par l’orchestration : l’alto est l’instrument caractéristique de Créüse alors que les chœurs (5 déesses) ne sont jamais accompagnés par les cordes « qui ont tendance à trop exalter l’individu » souligne le compositeur. Et par les couleurs tant musicales que visuelles. Dans sa partition, elles sont constamment changeantes. « Param y voit le bleu, le rouge, l’or et le blanc » commente le chef d’orchestre M. Rafferty. Ce que l’on retrouve dans la mise en scène au niveau des costumes et des lumières. Créüse est idéale en bleu cobalt intense, pour ses bleus à l’âme, alors que le rouge exprime la colère et les jaunes, l’apaisement des dieux.
Avec une mise en scène sobre et un jeu d’acteur saisissant, des arias et des récitatifs servis par des voix charnues et une musique mélodique et raffinée, Ion est une superbe apologie musicale du drame.
Pauline Garaude
Du 19 au 25 septembre à Strasbourg, le 1er octobre à Colmar, les 5 et 7 octobre à Mulhouse, les 16 et 18 octobre à Berlin, du 23 octobre au 9 décembre au Royaume Uni.
Portfolio de mise en scène (5 photos)
Photo : Alain Kaiser
|