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Œuvre rare, à l’orée du mouvement réformateur provoqué par Gluck, l’Ivrogne corrigé était programmé par l’Opéra de Tours le 27 mars. Si l’épuration stylistique dont fera preuve Gluck pendant toute sa vie a son point d’achèvement dans Orphée et Eurydice ou Iphigénie en Tauride, des prémices sont évidemment perceptibles dans ce répertoire comique dont fait partie l’Ivrogne.
L’acharnement de Gluck est capital pour l’histoire de la musique et bouleversant pour nos oreilles. Dans le contexte de l’époque, l’opéra baroque rayonne dans toute l’Europe. Mais il a tendance, près de 150 ans après la création de l’Orfeo de Monteverdi, à s’essouffler. Gluck va chercher à « dépouiller entièrement de ces abus (la musique) », à « restreindre la musique à son véritable office (…) sans interrompre l’action ou la refroidir par des ornements superflus ». Ces principes, qui ne seraient sans aucun intérêt s’ils n’étaient que musicologiques, sont à l’origine d’une musique qui ne cesse de se simplifier et d’atteindre une intensité rarement exprimée jusque là.
L’Ivrogne corrigé, opéra comique créé en 1760, fait partie de cette cohorte d’opéras que le public affectionnait, tout autant que Gluck. Bien que les sujets en soit plutôt légers, ces comédies permettaient d’aborder des problèmes de sociétés, dont les opéras historiques alors à la mode, confinés dans des trames impliquant dieux, demi-dieux et héros, étaient loin des préoccupations sociales et des centres d’intérêt autant des philosophes que des amateurs de musique.
Œuvre charnière aussi puisque un an après ce opéra, en 1761, Gluck va progressivement rompre avec le théâtre d’inspiration italienne et déclencher sa réforme. En 1762, la première version de Orphée et Eurydice sera créée, puis suivront Alceste (1767), Orphée et Eurydice (version française), Iphigénie en Aulide (1774), etc. L’Ivrogne corrigé n’est donc pas étranger à ce mouvement ; Gluck réutilisera l’ouverture de l’Ivrogne dans le ballet du troisième acte d’Armide.
L’Opéra de Tours, ainsi que le metteur en scène Philippe Bohee et Benoît Jeannes, avaient pris le parti de « chercher à adapter et réécrire les dialogues en vers ». Tâche hautement délicate mais passionnante, sachant que le travail de Gluck pour transformer l’opéra s’est attaché à réduire les récitatifs pour atteindre l’essentiel de la musique, pour que le texte soit aussi poétique que la musique et fusionne avec celle-ci.
Lorsque l’humour et la grâce font bon ménage, lorsque la qualité et l’audace s’associent, on ne peut qu’applaudir et souhaiter que cet opéra soit rejoué prochainement. En effet, nous venons d’apprendre que cet opéra ne sera pas donné ce jour là à Tours…
Christophe Cornubert
Photo : DR
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