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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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03 Mars 2003 - Les deux derniers opéras de Rossini à l’Opéra Comique et à la Bastille


Un an sépare "Le comte Ory" de "Guillaume Tell". S'il s'agit de deux ouvrages de registre différent, -le premier sur le mode léger est un opéra-comique, le second est une "fresque historique" quasi héroïque-, chacun recueille un legs essentiel de leur auteur, son "chant du cygne". Même si Rossini composera par la suite d'autres pièces musicales et vocales, il ne s'attaquera plus jamais au théâtre.

Agé de 36 ans, Rossini est au sommet de sa carrière, à l'apogée de son génie dramatique et lyrique, et les deux partitions le démontrent clairement. Elles sont chacune dans leur style, les dernières manifestations du maître. Un homme usé, malgré son âge, qu'une vie de compositeur renommé et constamment sollicité, a mené jusqu'au bout de ses forces. Les dates de création des deux opéras, 1828 et 1829, dévoilent le Rossini adulé, célébré par l'administration parisienne de Charles X. Avant la débâcle des monarchistes et l'avènement de Louis Philippe. Avec le changement de monarque, Rossini quittera la France pour Bologne.

S'agissant du "Comte Ory" présenté par l'Opéra Comique depuis le 25 février dans une mise en scène de Jérôme Savary, Rossini met en musique une "romance médiévale" dont Scribe a fait un livret à succès. Un comte (Ory) profite du départ pour la croisade du Sire de Formoutiers pour séduire son épouse (la Comtesse Adèle, rôle tenue par Annick Massis). Rossini réutilise la matière musicale de son "Voyage à Reims", composé en 1825 pour le sacre de Charles X. L'action à rebondissements permet au musicien de tirer parti des travestissements et des nombreuses scènes comiques. Il n'omet rien des effets qui ont assuré le triomphe de ses comédies précédentes : "cantabile" savoureux et mordants, cabalettes et duos tripartites, surtout final de haute virtuosité sur un rythme endiablé (final de l'acte I).

Climat opposé et enjeu artistique sans commune mesure avec le dernier ouvrage lyrique du compositeur : "Guillaume Tell" appartient à la Grande Machine. En tant que "grand opéra à la Française", il illustre une voie impériale découlant de Gluck, respectant le goût du public pour le chant puissant et déclamé, soit l'inverse de la "simplicité" du bel canto. Initié par Spontini au début du siècle, le genre sérieux connaît avec "Guillaume Tell" une manifestation décisive qui mène à Meyerbeer.

Voici donc une œuvre faite pour les proportions de l'Opéra Bastille : d'autant que Rossini répond alors à une commande de l'Opéra de Paris (alors Académie Royale de Musique). Retour légitime mais dans une production renouvelée signée Francesca Zambello à qui l'on doit dans le même lieu, "Turandot" et "Boris Godounov", peu concluants. Qu'en sera-t-il de ce dispositif ?

"Guillaume Tell" (Thomas Hampson) est ce patriote Suisse qui au XIVe siècle libère son pays de la tyrannie autrichienne incarné par l'infâme Gessler. Sur ce fond historique qui célèbre le triomphe de la liberté contre la barbarie, une liaison amoureuse se noue entre Arnold et l'alliée des Autrichiens, la Princesse Mathilde (Hasmik Papian, mezzo soprano arménienne dont le timbre de velours nous fut révélé aux Chorégies d'Orange).

Dans le cadre héroïque, le génie lyrique de Rossini se sent aussi à son aise que sur les planches comiques. Pour preuve, dès l'ouverture son immense volubilité mélodique s'épanouit et pour chaque protagonistes, il sait façonner de superbes airs de caractère dont l'ampleur noble n'empêche pas le fini psychologique. Qu'il s'agisse de "Sombre forêt" de Mathilde, de la fameuse prière de Tell : "Sois immobile" quand le héros doit percer de son arc le pomme posée sur la tête de son propre fils, "Asile héréditaire" d'Arnold, ample déclamation architecturée pour voix de ténor, chaque section de ce drame en quatre actes milite pour un Rossini certes "institutionnel" mais pourtant jamais guindé. Dès la création de 1829, l'ultime opéra fut acclamé et connu sa 100e dès 1834.

Quel accueil le public réservera-t-il pour cette nouvelle production ? Le concours du chef Bruno Campanella dans la fosse et de la chorégraphe Bianca Li sur la scène devrait ajouter aux qualités du spectacle. Rendez vous à partir du 14 mars et jusqu'au 10 avril.

Alexandre Pham

Le Comte Ory, à l'Opéra Comique : les 25, 27 février 1er, 3, 5 et 7 mars 2003
Ensemble Orchestral de Paris, direction musicale : Rico Saccani. Mise en scène Jérôme Savary.

Opéra Bastille

Alexandre Pham

Photo : DR

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