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A l'initiative du gambiste français Jean-Louis Charbonnier, baroqueux de la première heure, l’ensemble Marin Marais était convoqué pour ce concert donné dans le cadre de l’intégrale des pièces pour violes de Marin Marais. Un samedi par mois, jusqu’en 2004, l’ensemble fera entendre un pan entier de l’œuvre de ce musicien de premier plan, révéré à la cour de Louis XIV.
Maître de la scène lyrique qui le vit triompher comme directeur de l'Académie Royale dans son opéra "Alcyone" de 1706, Marais ne cessa de composer aussi sur le mode intimiste pour son instrument de prédilection, la viole de gambe. Jean-Louis Charbonnier poursuivait le 8 février dernier en l'église des Billettes à Paris, son "intégrale" pour viole du compositeur du Grand Siècle. Aujourd'hui, fidèle à son travail pédagogique mené toujours au conservatoire du 9e à Paris, ou à Fontenay aux Roses, le gambiste connaît son Marais comme une seconde langue. Non content de bien la jouer, il aime aussi partager sa passion. On se souvient qu'il prépara pour le film d'Alain Corneau, "Tous les matins du Monde", les acteurs Depardieu père et fils, Jean-Pierre Marielle et Anne Brochet.
Il construit une œuvre décisive pour notre connaissance de la musique pour viole de Marin Marais. Fier d'une intégrale amorcée au disque sous étiquette Pierre Verany, le gambiste avait invité ses fidèles compagnons de l'ensemble baroque Marin Marais, le luthiste colombien Mauricio Buraglia, le claveciniste Pierre Trocellier, et le gambiste Paul Rousseau. Succédant aux quatre premières sessions qui se sont intéressés principalement au Cinquième Livre de 1725, le concert du 8 février abordait le premier volet du Quatrième Livre de 1717. On ne cessera jamais assez de rappeler combien les recueils du Maître sont décisifs pour l'interprète contemporain. Mieux qu'un traité ou qu'une méthode aride, les partitions autographes de Marais indiquent précisément les ornements, expliquent la manière de les exécuter. C'est une grammaire habile à composer des images sonores, des arabesques féeriques et gestuelles qui conduit peu à peu l'auditeur, du sentiment de découverte à la fascination la pl
us épanouissante.
Les Trois premières Suites du livre IV s'inscrivent profondément dans l'esprit : les danses habituelles succédant au Prélude (Allemande, courante ou gigue) sont associées selon l'humeur rêveuse d'un Marais plutôt nostalgique, à des évocations personnelles dont les titres évocateurs dessinent de nouvelles perspectives : "La Mignone", "Boutade", Gavotte "La Favorite". Dans cet univers poétique d'une délicatesse arachnéenne, on pense naturellement à la splendeur patinée de Watteau. A sa matière vaporeuse propre à susciter des figures fugitives. Les quatre musiciens excellent à rendre la texture nourrie d'une constellation de nuances en filigrane. Travail d'orfèvres et aussi de conteurs, où la voix de la viole parle directement au cœur, embrase l'âme la plus insensible.
Peu à peu, dans ce jeu de miroirs évanescents, des parallèles éloquents se tissent : quand Marin Marais qui a donc près de 63 ans et inaugure dans ce quatrième Livre, le terme de "Suite", quand il convoque le souvenir de son maître Sainte-Colombe, on se plaît à se remémorer que Jean-Louis Charbonnier fut l'élève de Jordi Savall. Nous voici en terres électives où se précisent de jubilantes filiations, où l'équilibre de correspondances muettes déploie une alchimie somptueuse. Rendez vous pris pour la suite de ce cycle, le 12 avril à 17h et 21h et jusqu'au 6 décembre 2004 où en sept autres chapitres tout aussi captivants, Jean-Louis Charbonnier donnera la fin du Livre IV avant d'atteindre les cimes du Livre III de 1711.
Alexandre Pham
Photo : DR
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