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Recréation majeure en Auvergne : en permettant aux lauréats du dernier Concours International de chant de Clermont-Ferrand d'y donner la mesure de leur "jeune talent", l'opéra totalement inconnu, "Il Disperato Innocente" d'un auteur qui l'est davantage, Francesco Antonio Boerio, marque ce début d'année dans la saison de l'Opéra Municipal de Clermont-Ferrand.
Outre la curiosité que suscite la découverte de voix nouvelles, la promesse d'une partition oubliée, aussi excellente qu'inédite, rafle les chances d'un franc succès. L'essor du théâtre Napolitain baroque du XVIIIe siècle est à présent bien connu : en témoigne son accueil auprès du public actuel comme à l'époque, à partir des années 1720, où toute l'Europe, -de Rome, Venise, Florence, Vienne et Paris-, se disputait à prix d'or, les "nouvelles troupes" de chanteurs, castrats "virtuosi" et compositeurs révolutionnant la scène lyrique aussi bien dans le registre bouffon que sérieux.
Il appartient à la passion opiniâtre d'un chef, napolitain naturellement, d'avoir su ré-interpréter avec finesse et audace un répertoire qui existait dans les livres et que peu avaient le privilège d'entendre.
Antonio Florio, directeur musical et fondateur de l'ensemble "La Cappella de'Turchini", depuis ses premiers enregistrements fondateurs chez Symphonia, puis sous étiquette "Opus 111", n'a cessé de ressusciter nombres de compositeurs dont on a immédiatement remarqué la virtuosité dramatique, le feu passionnel tragico-comique, le "génie" drolatique. Leur embrasement musical n'a d'égal que la source vivifiante invoquée : les joyaux de la tradition locale, cet immense océan de caractères et de situations, la "Commedia dell'arte".
Disciple de Nino Rota, Antonio Florio nous délivre aujourd'hui les clés d'une école qui en son temps fit recette. On apprécie précisément quel fut l'apport de cette "déferlante napolitaine" au théâtre, opérant au début du XVIIIe siècle, une réforme profonde des règles musicales, vocales et dramatiques. Certes le vedettariat y exige des auteurs des cascades de vocalises faisant la promotion des chanteurs. Mais les Napolitains ne sacrifient jamais la liberté créative et la vitalité mordante des actions sentimentales sur l'autel de la facilité. D'ailleurs, Antonio Florio nous laisse aujourd'hui une série de gravures discographiques éloquentes où plusieurs chefs-d'ouvre "comiques" brusquement dévoilés attestent de cette "furià" communicante, des "Fiancés en Galère" de Vinci (1722) à "La Finta Camaliera" de Latilla (1738), tous deux enregistrement parus chez l'éditeur Opus 111. Vinci et Lattila, puis Pergolèse : autant de maîtres dont on édifie pas à pas la généalogie et les filiations qui mènent vers Mozart, traversant les champs de Porpora, Hasse, Jommelli et Traetta.
Sans contredire les apports de sa démarche récente, Antonio Florio se concentre à Clermont-Ferrand sur une partition plus ancienne encore, datée de 1673 et dans un registre mixte, "héroïco-comique". Le chef italien illustre une période féconde où Naples non encore triomphante sur la scène européenne, s'impose déjà sous l'action de génies locaux tel Francesco Provenzale, maître de chapelle au Conservatoire de'Turchini, justement, jusqu'en 1701. Pleins feux à Clermont-Ferrand sur Franceso Antonio Boerio, actif pendant la seconde moitié du XVII ème siècle. Organiste aux "Gerolamini", l'ordre des Pères Philippins de Naples, il est la nouvelle étoile dans le firmament napolitain, à ré entendre d'urgence.
Sa musique, délicieuse soierie dont les éclats somptueux laissent aussi transparaître une peinture sociale cinglante, dans la lignée de Caresana, Dentice et bien sûr, figure centrale, Provenzale, replonge en eaux familières pour les interprètes. Le pittoresque des scènes domestiques côtoient le lyrisme amoureux des héros nobles. Il est question d'amours princières contrariées, de mage et de geôlier délirant chantant en dialecte napolitain, de jalousie intrigante et de condamnation abusive. A la démesure d'une action croisée, -signée par le plus grand poète Napolitain de l'heure, Bernardo Pisani-, correspond une fin heureuse, où le héros, Floridaspe épouse son aimée, Lisaura.
Nul doute qu'habités par leur sujet, les chanteurs et le collectif instrumental électrisés par la passion du maestro Florio, trouveront des accents justes et lumineux pour cet événement lyrique qui place à nouveau, un démiurge baroque jusque là inconnu, sous les feux de la rampe.
Alexandre Pham
Clermont-Ferrand, Opéra municipal. Les 11 et 12 février 2003.
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Photo : DR/Naive
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