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C’est ainsi que Maurice Emmanuel, l’auteur de cette phrase, résume l’injustice dont il se sent victime et analyse avec une cruelle lucidité sa situation dans l’histoire de la musique française. Méconnue du grand public de son vivant, ignorée après sa mort par la majeure partie des institutions françaises, la musique de Maurice Emmanuel fut cependant goûtée et admirée par un petit nombre de musiciens, comme Messiaen, Dutilleux ou Yvonne Lefébure, qui furent tous ses élèves au Conservatoire de Paris où il enseigna l’histoire de la musique de 1907 à 1937.
Comme le rappellent sans cesse ceux qui le défendent et cherchent à le faire connaître depuis les années 1920, Emmanuel eut le tort d’être à la fois l’un des plus brillants musicologues de son temps, un compositeur original et indépendant, et un homme profondément désintéressé, humain et droit, qui toute sa vie privilégia la musique sous toutes ses formes, et méprisa les compromissions comme les succès éphémères. Il ne cessa d’espérer de la part du public une reconnaissance qui lui vint, non pas grâce à ses œuvres musicales, mais en raison de ses travaux universitaires. C’est ce qui explique cette exclamation exaspérée que l’on trouve dans une lettre à Florent Schmitt, et qui, chez un homme si raffiné et si délicat, révèle à quel point la blessure était vive et le faisait souffrir : « Dites-vous que mon seul désir, passionné, a été d’écrire de la musique vivante et que je me f… de l’érudition qu’on me colle dans le dos, parce que la vie m’a obligé à être un professeur ! »
Portrait réalisé par Christophe Corbier
> Un réformateur trop timide ?
> Maurice Emmanuel réinterprète l’histoire de la musique
> Tiraillé entre le professorat et la composition
> Un novateur sans outrances ni provocations
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