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Il est presque l’heure du bilan pour l’année « Bohemia Magica » et celui-ci est d’ores et déjà positif : au chapitre des réussites, il faudra assurément inscrire le coup de projecteur porté sur l’œuvre du compositeur Bohuslav Martinù. Tout au long de cette saison tchèque en France, le public aura pu approfondir un legs musical injustement méconnu et profiter de « premières » remarquées, dont celle de l’opéra Juliette ou la clef des songes.
Mais ce voyage en Bohème n’est pas encore arrivé à son terme et Martinù sera encore à l’honneur cette semaine à l’Athénée–Théâtre Louis Jouvet. L’Atelier du Rhin propose en effet de découvrir le travail consacré à deux opéras du compositeur tchèque par les Jeunes Voix du Rhin, véritable incubateur de talents lyriques dont sont issues quelques-unes des voix les plus prometteuses de ces dernières années.
Selon un principe qui paraîtra familier aux téléphages assidus, les Jeunes Voix du Rhin accueillent chaque année une promotion d’artistes lyriques venus parfaire leur formation auprès d’une équipe pédagogique plus que solide : chefs d’orchestre, chefs de chant, « coachs de mouvement » ou directeurs d’acteurs s’emploient à donner aux jeunes recrues l’énergie et le complément de formation qui les propulseront sur les scènes musicales du monde entier.
Le programme, qui sera donné en compagnie de l’ensemble orchestral OstinatO, aura de quoi réjouir les mélomanes les plus chevronnés puisque ces deux opéras, dirigés par Jean-Luc Tingaud, n’ont jamais été entendus à Paris. Larmes de couteau, opéra radiophonique, et Alexandre Bis, comédie en un acte, sont deux ouvrages dont la gestation est intimement liée aux périodes « parisiennes » de Bohuslav Martinù, au cours desquelles le compositeur se rapprocha du mouvement surréaliste et y puisa l’inspiration qui guidera l’écriture de Juliette ou la clef des songes.
Larmes de couteau résulte d’une commande de la radio de Baden-Baden pour un festival entièrement tourné vers l’univers radiophonique. Fortement marqué par le jazz, l’opéra fut écrit à Paris en 1928 sur un livret de Georges Ribemont-Dessaignes, l’un des surréalistes dont Martinù se sentait le plus familier.
Opéra bouffe de 1937, Alexandre bis est un vaudeville onirique composé pour l’Exposition Universelle de Paris. Si l’on y retrouve l’inspiration dadaïste qui colora l’univers de Larmes de couteau, le propos est cette fois plus proche de Labiche ou Feydeau ; l’argument d’André Wurmser, démontant joyeusement la mécanique d’un couple en déroute, s’allie merveilleusement au langage musical de Martinù qui s’ouvre alors à de nouveaux territoires en s’appropriant les structures des danses tchèques ou les rythmes de la polka.
Le metteur en scène Matthew Jocelyn, d’origine canadienne, fut assistant de Patrice Chéreau et dirigea le travail scénique du Centre de formation lyrique de l’Opéra Bastille jusqu’à sa nomination à l’Atelier du Rhin à Colmar.
Son écriture scènographique, épurée et efficace, vient souligner de manière saisissante le caractère fantasmagorique de ces contes ; évoluant dans un espace au repères disloqués, les chanteurs croisent sur scène d’étranges apparitions, chimères animales ou personnages de lumière, qui invitent le spectateur à la frontière de mondes visuels proches de ceux d’Hitchcock ou Salvador Dali.
>> Portefolio de la mise en scène
Nicolas Baron
Photo : DR
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