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A la demande de Stéphane Lissner, directeur du festival d'Aix en Provence, le metteur en scène et pianiste allemand Franz Wittenbrink a conçu un spectacle lyrique sur le thème de l'amour, donné à Aix cet été, repris à Orléans, Marseille, Sartrouville et Sceaux cet hiver : "A Summer Night's Dream".
Partant du constat que Shakespeare et Mozart aurait dû se rencontrer surtout se comprendre tant la poésie du premier s'accorde à la musique du second, le metteur en scène a écrit sa propre vision des vertiges de l'amour, en illustrant le prétexte du "Songe d'une Nuit d'été" par de nombreux airs choisis parmi les opéras de Mozart. Mais selon sa propre conception du théâtre et de la scène. Ici, quatre musiciens font l'orchestre - à la manière d'un "opéra-cabaret", tandis que sur scène, une équipe de sept jeunes chanteurs s'évertuent à porter les langueurs de la folie amoureuse jusqu'en son incandescence physique et vocale. Physique, la performance laisse aux corps la liberté des mouvements, le jeu des confrontations où fleurissent les quiproquos, s'épanouissent les souffrances des êtres trahis, s'enfle la possession amoureuse de jeunes cœurs aussi inexpérimentés que volages et inconstants. C'est donc une allégorie de l'amour, mais une allégorie débarrassée de ses possibilités féeriques : réduite presque à sa réalité cynique. Ici un cœur fidèle se parjure, des serments hier brûlants se défont au gré des rencontres.
Certes on comprend bien que l'enjeu du spectacle voudrait démontrer la pépinière de talents au sein de l'Académie européenne de musique, institution pérenne du Festival d'Aix où sont "éduqués"et recrutés les jeunes talents de demain. Mais ni les mélodies habilement associées par Wittenbrink ni les situations théâtrales ne convainquent vraiment. La transposition du lyrisme tendre de Mozart dans l'univers autant poétique que féroce de Shakespeare ne fonctionne pas, à cause principalement des dispositions encore trop vertes des interprètes comédiens. On aimerait être séduit par exemple par les délices d'un Puck/Cherubino mais l'amateurisme vocal contredit la facétie piquante de cette mise en parallèle. De même, les costumes empêchent toute magie dans la mise en scène. Seule source de réconfort d'un tableau déséquilibré, la performance des instrumentistes dont l'accord suave au début de chaque acte nous rappelle avec frustration, la magique volupté de Mozart, hélas trop absent dans cette nuit d'été manquée.
Alexandre Pham
Orléans, Scène nationale, les 20 et 21 novembre ; Marseille, Théâtre du Gymnase, les 3, 4, 6 et 7 ; Sartrouville, Théâtre, les 11 et 12 décembre ; Sceaux, les Gémeaux, les 14 et 15 décembre.
Photo : DR
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