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En poète inspiré des climats intérieurs, Jean Guihen Queyras s'est affirmé il y a quatre ans, en violoncelliste chaleureux et articulé dans un album "Jean-Sébastien Bach". Depuis, il s'est risqué dans un second recueil où sont ajoutés "en miroir", aux cimes du compositeur baroque, plusieurs auteurs contemporains : Kodaly, Veress, Kurtag. Principe dialogué repris au Châtelet en quatre volets, à goûter à partir du 2 décembre prochain et jusqu'au 8 décembre. L'éventail est large : pour contrepoint des "Suites pour violoncelle" du Cantor, le jeune interprète français lira des pages de Jonathan Harvey ("Curve with Plateaux") et Shintaro Imai ("Materials for a cellist") : le 2 décembre ; Benjamin Britten ("Suite n°3") : le 4 décembre ; Younghi Pagh-Paan ("Aa-ga") et Marco Stroppa ("Ay, there's the rub") : le 6 décembre ; Magnus Lindberg ("Stroke") et surtout György Kurtag ("Cinq pièces Brèves") : le 8 décembre.
De ce polyptyque riche et audacieux, ne parlons que du chapitre Kurtag : musique énigmatique où le silence creuse le sillon interrogatif de chaque note, l'écriture plonge l'auditeur en eaux profondes. L'inertie elliptique de surface n'entame pas une conscience souterraine de la mort et de l'au delà, plus présente d'ailleurs que murmurée. Ainsi, ce programme dense, où l'économie précise des moyens brûle comme une eau-forte, s'annonce comme une promesse pleine de délices. Outre l'émergence d'une personnalité indiscutable du violoncelle français, ces quatre volets confirment aussi avec pertinence que la notion de double culture, contenant l'ancien et le moderne, ici le baroque et les signatures d'aujourd'hui, est le cheval de bataille de la nouvelle génération. Qui s'en plaindra ?
Alexandre Pham
Photo : DR
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