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Radio France lance sa saison musicale avec un premier "week-end" où les compositeurs de l'Europe des lumières et de la Bohème baroque sont à l'honneur. Ainsi un concert précédé par une conférence mettront l'accent sur un compositeur tchèque oublié, qui serait demeuré dans l'ombre, comme beaucoup d'autres, si Mozart n'avait pas parlé de lui à de nombreuses reprises dans sa correspondance : Joseph Myslivecek.
L'ombre de ce musicien fait surgir le climat d'une période extrêmement riche du point de vue de l'activité créatrice et des multiples échanges qui animent les compositeurs entre eux. Les influences se mêlent : styles italien, germanique, français et tchèque dessinent une ruche foisonnante qui marque aussi l'âge d'or de l'opera seria. Le genre attire les ambitions, suscite les espoirs de gloire et de richesse parmi musiciens et chanteurs.
La carrière de Josef Myslivecek cristallise les idéaux d'une époque féconde, musicalement mure, favorable à l'éclosion des génies dont le premier reste celui de Mozart, le plus jeune d'entre tous. Mais contrairement à l'auteur de Don Giovanni, le musicien de Bohème connaîtra succès et reconnaissance. Fils de Meunier, Myslivecek - de vingt ans plus âgé que Mozart-, parvient à gagner l'Italie en 1763 à l'âge de vingt six ans. Très vite, le compositeur praguois déjà familiarisé à la musique italienne parfait son écriture, devient un compositeur d'opéras, adulé sous le nom de "Il Boemo" (le Bohémien). Dans les années 1770, il appartient au nombre des compositeurs les plus prisés en Italie : membre de la très célèbre académie Filarmonica de Bologne, il est recherché pour ses dons de dramaturge lyrique. Ses opéras sont copiés jusqu'au Portugal pour y être représentés, à Lisbonne. Pourtant tant d'ovations et d'hommages n'empêcheront pas une fin misérable à Rome, en février 1781, soit dix années avant Mozart.
Samedi prochain à 17h, salle Olivier Messiaen, le chef baroqueux britannique Paul Mc Creesh dirigera non son ensemble habituel (le Gabrieli consort) mais le Philharmonique de Radio France dans un oratorio de Joseph Myslivecek : "Abraham et Isaac". Sur un canevas classique, fidèle à la tradition scarlatienne, un plateau de solistes prometteur ressuscitera les figures de ce drame sacré tiré de l'Ancien testament : Dorothée Jansen (soprano), Marina Domashenko (mezzo soprano), Reiner Trost (ténor), François Leroux (baryton). Dans le cadre de cette journée de redécouverte, nous avons posé trois questions à Geneviève Geffray, conservateur en chef de la bibliothèque Mozart au Mozarteum de Salzbourg. Traductrice en français de l'ensemble de la correspondance de Mozart (sept volumes parus chez Flammarion), Geneviève Geffray donnera une conférence préparatoire au concert de 17h (samedi 14 septembre à 15h30, Salle Charles Trenet, Maison de Radio France) sur le thème des rapports entre Myslivecek et Mozart.
- Pourquoi aujourd'hui cet éclairage inédit des ouvrages de Myslivecek ?
G.G. : Le compositeur tchèque serait certainement resté inconnu si Mozart n'avait pas évoqué son œuvre et son style dans sa correspondance, et ce à de multiples occasions. Parler de Myslivecek permet de restituer le climat musical et humain dans lequel le génie si exceptionnel de Mozart a pu naître et s'épanouir. Au début Mozart est admiratif et élogieux à l'égard de son "aîné" : il pensait peut-être que la position de Myslivecek lui permettrait de gagner des commandes et une reconnaissance tant recherchée. Ensuite les choses se gâtent et celui qui était respecté devient moins attrayant. Il est vrai qu'à la fin de sa vie, Myslivecek défiguré par la syphilis ne devait pas être des plus séduisants, et Mozart le souligne particulièrement dans ses lettres.
- Que devons nous retenir du style de Myslivecek ?
G.G. : Sans être un prodige ni un réformateur, Myslivecek incarne parfaitement le milieu musical de son temps. Il n'a ni le génie de Mozart ni l'élan novateur de Gluck. Pourtant, il fut l'un des musiciens le plus appréciés de son vivant. Cette réussite dut agacer Mozart. Myslivecek a écrit pour l'orchestre, le piano, beaucoup pour les voix et c'est dans le genre de l'opera seria qu'il a bâti sa gloire. L'Italie a été le cadre de son ascension, à Venise d'abord puis à Naples où l'opéra était une spécialité.
- Peut-on parler d'influences entre les deux auteurs ?
Il existe des rapports mutuels évidents entre eux. Pour Mozart, Myslivecek fut une sorte de modèle qui avant lui a fréquenté les mêmes cercles de commanditaires, en particulier en Italie. Ils ont aussi fait appel aux mêmes interprètes. Cet "aîné" de vingt ans lui a inspiré tout d'abord, admiration et estime. Dans l'oratorio "Abraham et Isaac"qui sera donné après ma conférence, on peut relever plusieurs figures musicales qui inspireront Mozart en particulier pour sa "Flûte Enchantée" et son "Lucio Silla". S'agit-il d'un hommage implicite ? Nous pouvons le penser : l'idée est séduisante.
Propos recueillis par Alexandre Pham.
Photo : DR
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