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Depuis quelques semaines, les Parisiens n’ont pu manquer d’être frappés par d’innombrables et retentissantes affiches publicitaires qui annoncent l’installation de l’Orchestre de Paris au Théâtre Mogador, dans le neuvième arrondissement, à partir du 18 septembre, puisque la salle Pleyel est en rénovation ; la résidence de l’Orchestre de Paris à Mogador est prévue pour trois ans. Une campagne publicitaire de cette ampleur est somme toute assez exceptionnelle, mais elle illustre sans doute la volonté, clairement revendiquée par les responsables de l’Orchestre, de « partager la musique autrement », et constitue le premier volet d’une politique culturelle séduisante et ambitieuse. Le maître-mot est aujourd’hui la « rencontre avec le public », expression reprise tant par le directeur musical, Christoph Eschenbach, que par le directeur général, Georges-François Hirsch. Pour ces trois saisons à Mogador, tous deux souhaitent faire de l’Orchestre de Paris l’une des phalanges les plus dynamiques de France, et nourrissent un certain nombre de projets qui ont pour but de développer l’audience de la musique classique, en un temps où chacun se plaint et se lamente d’un désintérêt croissant pour le concert traditionnel.
Ainsi, même si le concert symphonique demeure la pierre angulaire des programmes, G.-F. Hirsch rapporte son intention d’élargir le répertoire vers la musique baroque et la musique contemporaine, afin de quitter les terres trop connues de l’époque classico-romantique ; il souhaite également inviter de jeunes musiciens et des formations ne disposant pas de lieux de concert, faire participer le jeune public à diverses manifestations à la Cité de la Musique et à Mogador ; il espère développer un projet plus audacieux de partenariat avec les Grands Magasins tout proches du Théâtre, et faire appel, dans le sillage de Diaghilev et de ses Ballets russes, à divers artistes (plasticiens, chorégraphes…) pour les associer à des créations contemporaines. Enfin, des débats sur la musique seront organisés, dont Pierre Boulez sera le mentor. Mais ce qui paraît le plus intéressant, et qui est au fondement de cette politique, c’est le projet éminemment séduisant de doter la capitale d’un théâtre qui soit « ouvert au mélomane comme au simple passant », et qui puisse associer le public à n’importe quelle heure de la journée aux activités des musiciens.
Ce désir d’ouverture et cette aspiration à un élargissement du public et à un renouvellement des approches de la musique se manifestent ainsi dès le début de la saison 2002-2003. Les mercredi 18 et samedi 21 septembre, deux journées portes ouvertes, dont l’entrée est libre, sont consacrées, la première aux pianos, la seconde aux vents et aux cordes. Quatorze grands pianistes pour la première, Frank Braley, Kun Woo Paik, Michael Levinas, Michel Béroff, les solistes de l’Orchestre de Paris pour la seconde, assureront ces deux séries de concerts exceptionnels dont la durée sera restreinte. De plus, quatre concerts d’inauguration auront lieu tous les soirs du 18 au 21 septembre : seront invités, aux côtés de Christoph Eschenbach et de l’Orchestre, Pierre Boulez et l’Ensemble Intercontemporain pour un concert à deux orchestres, les violonistes Anne-Sophie Mutter et Julia Fischer, et le violoncelliste Claudio Borhorquez. Ces quatre journées exceptionnelles de musique à Mogador sont donc le prologue d’une saison et d’une résidence dont nous espérons qu’elles tiendront toutes leurs promesses.
Christophe Corbier
Photos : DR
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