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Chaque automne et depuis quinze ans déjà, le premier festival de Picardie célèbre la majesté atemporelle des amples nefs locales, fleurons de l'architecture gothique en Europe. En renouant avec un passé oublié où pourtant la musique a toujours occupé une place d'importance, le festival nous ré-apprend à contempler les admirables vaisseaux de pierre dont l'harmonie des proportions appelle indiscutablement au déploiement des phalanges musicales.
Cette année, la programmation convoque oratorios et cantates, conformément à cette alliance recherchée entre la musique et l'architecture : "Passion selon Saint Luc" de Schütz, le 12 septembre (Cappella Figuralis, direction : Jos Van Veldhoven), "Gloria" de Vivaldi les 13 et 14 septembre, à Saint-Quentin puis Soissons (Ensemble instrumental et vocal de Lausanne, direction : Michel Corboz), Vivaldi à nouveau (motet : "in furore"), le 15 septembre à Peronne (Les Paladins, direction : Jérôme Corréas), "Requiems" de Salieri et de Mozart le 19 septembre à Beauvais (Das Neue Orchester, direction : Christoph Spiering), Campra, Mondoville le 20 à Amiens (Les Arts Florissants, direction William Christie - photo ci-contre), "Polyphonies vénitiennes" de Gabrieli, le 21 septembre à Saint-Leu (Collegium vocale de Gand, direction : Philippe Herreweghe).
En illustrant la richesse de la littérature chorale, le festival est aussi l'initiateur du "concours de chœurs et maîtrises de cathédrales". Pour sa 5e édition, le cru 2003 annonce joutes, répétitions publiques, puis palmarès, enfin remise des prix, les 12 et 13 octobre, à Abbeville.
Mais le volet le plus audacieux demeure sans aucun doute "la semaine de la renaissance" à Noyon, du 24 au 28 septembre. Les meilleurs interprètes des musiques italiennes et françaises des XVe et XVIe siècles se succèdent sur le thème des arts en dialogue, entre musique, poésie et peinture. Cette année, sous le titre riche en promesses : "Fays ce que vouldras", un éclairage original associera les climats fantastiques du "Jardin des délices" du peintre Jérôme Bosch (le 27 septembre, musique de Jachet de Mantoue) et le monde truculent de la poésie rabelaisienne ("Une fête chez Rabelais" : musique de Jannequin et du musicien picard, Paschal de L'Estocart. Le 26 septembre, Ensemble Clément Jannequin, direction : Dominique Visse). Ambassadeur hautement inspiré par ce répertoire, Denis Raisin Dadre et l'ensemble Doulce Mémoire présentera pas moins de quatre productions thématiques révélant s'il en était encore besoin, le foisonnement libre et créatif de la Renaissance : "La roulotte du savetier Calbain" (le 24 septembre), "Paradis d'amour", danse virtuose italienne (le 25 septembre), "Claude Lejeune et l'académie de poésie et de musique de 1570" (le 26 septembre), "La dive Bouteille" d'après "la vie du très grands Gargantua" de Rabelais (le 27 septembre). Le travail de Denis Raisin Dadre restitue en particulier la richesse sonore des ensembles d'instruments à l'époque de François Ier, et la verve poétique des textes mis en musique : drôleries, liberté des images et séduction épicée de la palette des timbres, exclamations expressives des voix disent l'inventivité des "laboratoires académiques" de l'époque. Il appartiendra à Roberto Festa et son ensemble Daedalus de conclure cette semaine thématique, le 28 septembre par une soirée de chansons napolitaines.
Voyage musical par les sonorités d'époque, dans les lieux liturgiques les plus beaux d'Europe, l'offre musicale de cet automne picard se révèle incontournable. Du 7 septembre au 13 octobre.
Renseignements : 03 22 22 44 94.
Alexandre Pham
Photo : Michel Szabo
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