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A 28 ans, le jeune guitariste français Emmanuel Rossfelder défend avec passion un instrument dont les cordes expriment sous ses doigts inspirés, les émotions les plus intenses. Il a choisi de consacrer sa vie de musicien, d'interprète et de compositeur à l'instrument. Son but : embraser les planches des scènes publiques, susciter l'enthousiasme du grand public. Elève d'Alexandre Lagoya à Paris, il mène une activité de soliste combatif, enthousiaste, volontaire. Son énergie le conduit vers de nouveaux auditoires toujours réceptifs à sa belle ardeur, convaincus de la place toujours trop réduite réservée à la guitare classique dans les salles de concert.
Entretien exclusif pour concerclassic.com.
CC : Alexandre Lagoya est votre « mentor », un modèle qui fut votre professeur à Paris quand vous aviez 14 ans. Dîtes-nous ce qu'il a apporté à l'instrument ?
ER : « Alexandre Lagoya a fait de la guitare, un instrument de concert. Il a choisi un répertoire spécifique, idéal pour séduire autant le grand public que « les amateurs ». Je garde le souvenir du duo qu'il formait avec Ida Presti, son épouse. Pour eux, de nombreux compositeurs ont écrit des œuvres : Villa-Lobos, Tomasi. La guitare a trouvé en eux, des interprètes remarquables, intelligents à servir ses immenses possibilités musicales et sonores. Alexandre Lagoya a même « élargi » le répertoire pour l'instrument en transposant des œuvres de Scarlatti et de Bach, entre autres ».
CC : Quel souvenir gardez vous de son enseignement ?
ER: « Evidement beaucoup de personne conserve de lui, l'image du concertiste virtuose, technicien et poète. Il faut réécouter ses enregistrements pour Philips. Lorsque je rentrais dans sa classe, j'étais le plus jeune de ses élèves. Je découvrais un nouveau monde, une vision singulière qui mettait toujours en rapport la rigueur technique et la justesse de l'interprétation avec la scène. Jamais Alexandre Lagoya n'a omis dans ses cours, l'expérience du concert. Il a éduqué mon style à l'école de la sonorité. J'ai surtout travaillé la position de la main droite et le choix des attaques plus frontales ».
CC : Quel répertoire souhaitez vous défendre plus particulièrement ?
ER: « Les concertos de Vivaldi en particulier ceux écrits à l'origine pour la mandoline. J'aimerai aussi jouer plus souvent les œuvres de Giulianni, contemporain de Mozart, qui fut de son vivant un guitariste extrêmement renommé, l'égal de ce que sera au XIXe, Paganini : un phénomène de concert. Peu de gens savent en vérité que Paganini lui mêle était guitariste et qu'il aimait à rappeler que s'il était « le maître du violon, la guitare était son maître ». C'est dire l'estime qu'il portait à l'instrument ».
CC : Pourquoi avoir choisi la guitare ?
ER: « C'est l'œuvre du hasard. Il y avait un piano à la maison. Ma mère a toujours beaucoup écouté de musique. C'est elle qui m'a transmis la volonté d'aller jusqu'au bout de ce qui n'était qu'une « activité ». Le sens du travail, de la pratique, les heures de répétition et d'astreinte, le labeur ont très tôt fait partie de mon quotidien de jeune instrumentiste ».
CC : quels sont les projets que vous souhaiteriez réaliser d'ici trois ans ?
ER: « Mon souci est de partager le plaisir que me procure la guitare. Il s'agit avant tout d'une expérience irremplaçable avec le public. La scène est mon espace naturel. J'aimerais développer et perfectionner encore et encore ma technique. J'aimerais aussi risquer de nouveaux répertoires comme en transcrivant d'autres œuvres de Bach et aussi des airs d'opéras. J'aimerais démontrer la palette infinie des possibilités musicales qu'offre mon instrument. Au conservatoire, j'aimais suivre les classes des autres instruments : je voulais en particulier comprendre comment ils sonnaient différemment de la guitare. J'ai toujours souhaité intégrer dans mon jeu cette connaissance des autres instruments. La guitare est un instrument unique en ce qu'elle est capable de résonner de mille et une façons : son « territoire » approche les harmoniques du piano, la vibration du violoncelle et du violon. Berlioz répétait que « la guitare est un petit orchestre ».
Je voudrais rétablir la place qui était celle de la guitare grâce à un artiste de la trempe d'Andrés Segovia. Ce dernier demeure notre modèle à tous : il a, à la suite de Giulianni, offert à la guitare ses lettres de noblesse. Il a fait de l'instrument, un superbe organe idéal au concert. A Pleyel et au Théâtre des Champs-Elysées, Segovia rassemblait des foules d'amateurs passionnés. Alexandre Lagoya a continué son œuvre en démocratisant l'instrument et en jouant partout où il existait un public pour l'écouter. Dans cet esprit, j'aimerais beaucoup enregistrer mon expérience acquise dans les salles. Le disque est un prolongement naturel du concert. Je souhaiterais aussi qu'un compositeur de musiques de film m'écrive une œuvre. J'ai le plus grand respect pour ce qu'ont fait Eric Serra, Vladimir Kosma ou Enio Morricone ».
CC : Quelle place occupe dans votre carrière l'expérience du concert ?
ER : « Une place essentielle, bien sûr. L'enseignement d'Alexandre Lagoya s'inscrit parfaitement dans ce constat. Je crois que les sensations de la scène, la présence du public sont incontournables dans l'évolution bénéfique d'un artiste. Il n'y a pas de mauvais public : il n'y a que de mauvais interprètes !»
Propos recueillis par Alexandre Pham
Retrouvez Emmanuel Rossfelder à l'affiche des concerts de février :
Photo : Eric Manas.
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