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En province et à Paris à partir du 27 février et jusqu'au 4 avril, pas moins de quatorze soirées viendront remettre à l'honneur le très fameux « Mariage secret » opéra en deux actes de Domenico Cimarosa. L'ouvrage fut l'un des succès les plus retentissants dans l'histoire de l'opéra dès sa création à Vienne, en février 1792. Il y a donc presque exactement 210 ans. Ici, la postérité de l'œuvre a comme écrasé celle de son auteur. Qui connaît Cimarosa ? Là encore, l'oubli est aussi profond que l'intérêt de l'œuvre, absolument fascinant.
Cimarosa recueille la tradition lyrique napolitaine admirablement façonnée par Jommelli, Porpora et Traetta. Contemporain de Salieri ou de Paisiello, il exporte jusqu'à Saint-Pétersbourg les facéties mordantes du théâtre napolitain. Il prépare directement les enivrantes folies rossiniennes. De quoi est-il question dans ce « Mariage secret » ? D'un commerçant parvenu, Geronimo, qui souhaite marier ses filles, Elisetta et Carolina, à des partis avantageux. La politique contre les sentiments, la richesse et le rang social contre l'amour. Le calcul et la stratégie contre le doux penchants des cours. En dépit de ses plans, le père arrangeur découvre le mariage secret qui unit Carolina à son propre commis, Paolino.
Lors de sa création viennoise, l'ouvrage fut bissé intégralement à la demande de l'Empereur Leopold II. Succès non démenti par un XIXe siècle friand de « drames bourgeois cocasses » puisque l'œuvre compta alors près de 400 représentations. A un livret riche en succulences répond une partition précisément orchestrée où les vents par exemple, soulignent une « vitalité contagieuse ». Après l'Empereur, Stendhal fut émerveillé par cette œuvre inclassable, à la fois drôle et sérieuse, en particulier par les deux premiers duos. Cimarosa y signe assurément son chef d'œuvre mais il inaugure aussi, l'avènement de l'opéra bourgeois qui se nourrit de l'éclatement de l'ancien ordre adulé par l'aristocratie princière du XVIIIe. Ici point de mythologie alambiquée, point d'artificiels héros fardés mais des conflits familiaux qui s'enracinent dans une réalité de sang, laquelle oppose un père à ses filles. La liberté revendiquée par l'individu s'élèverait-elle déjà contre l'autorité et le respect des convenances ? Voilà pourquoi « Le Mariage secret » annonce les œuvres romantiques et porte déjà, à l'instar des Noces de Figaro de Mozart, l'idéal révolutionnaire.
Deux productions prometteuses dévoileront la transgression séditieuse de l'ouvrage.
A Villefranche sur Saône, puis Bron, Albertville, Martigues, Chambéry, Echirolles et Bonlieu, le chef d'orchestre Mark Foster, l'orchestre des Pays de Savoie et l'opéra studio de l'Opéra national de Lyon aborderont l'œuvre de Cimarosa dans une mise en scène d'André Fornier. Du 27 février au 4 avril. Renseignements : 04 79 33 42 71.
A Paris, c'est Christophe Rousset et son ensemble les Talents Lyriques qui reliront la partition pour cinq dates incontournables, à partir du 18 février, au Théâtre des Champs-Elysées. Aidé par le directeur de l'Opéra d'Amsterdam, Pierre Audi qui signera la mise en scène, le chef d'orchestre français souhaite justement mettre l'accent sur les conflits d'une famille éclatée. C'est en inscrivant le drame dans ses enjeux individuels et sociaux que chef et metteur en scène veulent dépoussiérer l'image amidonnée et injustement « superficielle » de l'opéra buffa. Rousset n'est pas à son premier Cimarosa. Il avait déjà abordé l'auteur dans « Il mercato di Malmantile » à l'Opéra du Rhin. Connaisseur avéré du théâtre napolitain, le chef français devrait restituer la fougue et les audaces d'une œuvre charnière, trop longtemps méconnue.
Alexandre Pham
Photo : D.R.
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