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Au moment de Noël, le temps des promenades en famille renaît. Les vitrines des grands magasins, le goûter rituellement consommé avec grands parents et enfants, les joies des illuminations et des sapins rutilants expriment alors notre désir de fête. C'est le temps aussi de visiter les musées.
Pour séduire, le musée de la Cité de la musique imagine une exposition ambitieuse qui met en parallèle peinture et musique. Xavier Darras, conservateur en chef a choisi un thème central, celui des passions baroques. Ainsi se déroule en quelques six salles qui se lisent en un peu moins de deux heures, une exposition où s'exposent peintures, sculptures, partitions des opéras de Lully et Rameau, le tout mis en perspective avec un choix de musique signé Lully, Marais, Rameau.
L'art baroque en France, comprenez des XVIIe et XVIIIe siècle, se lit comme un superbe livre d'images, un miroir sonore des vertiges du sentiment dont les artisans se sont délecter à peindre les passions de l'âme. Descartes et Saint-Simon, la Palatine et La Bruyère nous ont légué leur passion partagé du portrait et des caractères. Les peintres aussi dont Poussin le premier puis Lebrun à l'Académie, ont longuement réfléchi sur le sujet : quelles sont ses forces qui conduisent notre raison? L'homme n'est-il au final que le jouet de ses désirs ? Corneille et surtout Racine analysent les tourments psychologiques, les sacrifices et les souffrances auxquelles l'esprit doit se soumettre. Voici en une exposition à l'échelle mesurée, quelques chefs d'oeuvre : des exemples de vertus tragiques (suicides de Sénèque, Caton, Cléopâtre), paysages tragiques au coeur de la tempête ou de l'orage (signés Dughet ), mortels richissimes soucieux d'être portraiturés en divinités, portraits funèbres (Lebrun mis en parallèle à un portrait musical au clavecin de Marais).
L'exposition se lit comme une géographie des émotions. Chacune des peinture et des sculptures se dévoile comme une carte émotionnelle à déchiffrer. Ici, un rictus, là un plissement du visage qui marque une inclinaison de l'esprit : terreur, compassion, effroi, surprise, jalousie, envie, haine ou amour. Voici les signes des passions humaines, dévoilés à notre analyse. L'exposition souhaite mettre en correspondance un accent vocal, une vocalise suspendue, le choix d'une note avec la palette des expressions lisibles sur les figures peintes ou sculptées. Mystérieux et envoûtant labyrinthe en accents divers. Jamais les artistes n'avaient autant représenté les passions du coeur, l'élan de l'âme, les forces vitales à l'oeuvre dans nos pauvres têtes.
La confrontation peinture, sculpture et musique dévoile un monde d'émotions créatrices, un foyer de créations en dialogue qui puisent aux mêmes sources poétiques, mythologiques et bibliques. Contemplez ainsi les Madeleine, signées Régnier, Louis Finson et Simon Vouet. Là, l'ample et ondoyante chevelure se fait ondes des larmes versées par la pécheresse repentie. Ici, le corps en pâmoison de la Sainte se renverse en une ultime convulsion mystique. Soyez aussi saisi par une autre passion, celle du Christ, peint par Philippe de Champaigne, sur sa croix, corps verdâtre mais noblement sculptural idéalisé selon le canon antique. Le visiteur se sent grandi par la représentation de tant de passions héroïques et mystiques. Ne manquez pas non plus, la maquette d'un théâtre baroque dont une conférencière vous expliquera le fonctionnement de la machinerie (accès libre, rue musicale). Clou de l'exposition, "La mort de Cléopâtre" du peintre Antoine Rivalz, souligne la vertu tragique de la femme, louable par son acte irréversible mais tempérée par ce sein de marbre qui paraît dans la lumière : érotisme jaillissant à l'endroit exact de la tragédie. Décidément le Baroque ne finit pas de nous surprendre.
Alexandre Pham
Paris, musée de la Cité de la musique, jusqu'au 20 janvier 2002.
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