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Dix années d'un labeur difficile (1871-1881) furent nécessaire au compositeur russe Modeste Petrovitch Moussorgski pour écrire le drame populaire en cinq actes, « La Khovantchina ». Et encore l'auteur avant de mourir en 1881, laissa-t-il pour toute partition, une version incomplète pour chant et piano. Le sujet plonge dans l'histoire russe, à l'époque où les communautés ancestrales les plus conservatrices tentent une vaine opposition au pouvoir universel du jeune Tsar Pierre Ier. L'action se déroule à Moscou en 1682. Ainsi se heurtent les partisans de l'ancienne et de la moderne Russie, les vieux croyants contre les nouveaux orthodoxes. Moussorgski n'a pas écrit un opéra de protagonistes mais bien une fresque lyrique où le collectif et l'individu se mêlent imperceptiblement et forment une icône profane de l'Histoire Russe la plus authentique. Le peuple est ici un corps divergent composé de plusieurs groupes aux revendications contradictoires, continûment tendues. Au terme de ces oppositions vivantes succomberont les membres des Vieux Croyants dans la scène de l'incendie final. Voilà le sort des Anciens, c'est à dire de l'ordre médiéval et archaïque définitivement scellé.
Moussorsgki, aidé dans l'écriture du livret par les documents réunis par l'archiviste Stassov, s'intéresse de près à la représentation et à l'histoire du pouvoir. Comme il l'avait déjà fait dans son opéra précédent, « Boris Godounov ». La fresque n'empêche pas la miniature et Moussorgski a remarquablement portraituré les caractères de ses personnages tels Marfa, Dosifei (le chef des Vieux croyants que chanta Fédor Chaliapine en 1924 au Palais Garnier), surtout le Prince Ivan Khovantski. Figure rivale du Tsar, ce dernier donne son titre à l'opéra :
« Khovantchina » que l'on peut traduire par « l'affaire Khovantski ».
Hymne musical et lyrique qui retentit comme une épopée emportant le collectif et l'individu, « La Khovantchina », nouvelle production de l'Opéra Bastille, souligne après le précédent succès de « Guerre et Paix » de Prokofiev, une sorte de saison russe au sein de l'auguste maison parisienne. Dans une version complète, fidèle au manuscrit autographe de l'auteur, et réorchestrée par Chostakovitch en 1959, La Khovantchina fait ainsi son entrée au répertoire de Bastille sous la direction de James Conlon. La beauté des mélodies, l'illustration réaliste du pouvoir, les tableaux saisissant de beauté et de poésie de la Russie baroque de la fin du XVIIe siècle, en font une oeuvre majeure du théâtre russe, à redécouvrir absolument.
Alexandre Pham
Opéra Bastille : les 10, 13, 15, 17, 20, 23, 27 décembre puis 8, 10 et 12 janvier.
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