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L’Opéra du Rhin et la Filature de Mulhouse programment cette saison un cycle d’opéra américain. Entre la comédie musicale et l’opéra classique, deux œuvres phares nous permettront de prendre la mesure de ce patrimoine qui reste marginal sur les scènes françaises. Le chef d’œuvre de Tennessee William « Un Tramway nommé désir » a connu son heure de gloire au théâtre et au cinéma grâce à Elia Kazan. L’adaptation pour l’opéra fut réalisée par André Previn, chef d’orchestre et compositeur pour de nombreux films notamment. L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans où Blanche revient chez sa sœur, Stella, après un long moment d’absence. Stella vit avec Stanley dans une atmosphère jugée décadente par Blanche. Cependant, celle-ci vient troublée le couple par son innocence et ses attitudes séductrices en créant un climat trouble et sensuel.
La difficulté d’adapter cette œuvre à l’opéra vient de la perfection originale du texte, ainsi que ses remarquables mises en scène au théâtre qui ont précédé. André Previn a donc fait le choix d’écarter les passages liés au jazz, pour se donner plus de liberté. Il n’a pas hésité à placer de nombreuses pointes d’humour. Le résultat reste très proche de l’esprit du texte ; la musique insiste sur les tensions dramatiques, souligne la sensualité et exprime la folie naissante de Blanche. Les morceaux de violoncelle seul renvoient à la condition morale misérable de cette femme. Ses chants ne sont souvent que des soliloques. On reconnaît l’expérience cinématographique du compositeur par les variations musicales et les effets habiles de la musique, venant illustrer très directement les différentes situations : efficacité assurée. On est forcément touché par Blanche, livrée à elle-même et qui sombre dans la folie à force de perdre ses repères. L’atmosphère chère à Tennessee William, celle du sud des Etats-Unis, est magnifiquement retranscrite. On retrouve les préoccupations de toute sa vie, l’impossibilité de communiquer avec ceux que l’on aime à cause d’une société écrasante. Le ton de la musique n’est pourtant pas tragique, même si certains moments sont exprimés crûment. L’humour tente de dédramatiser la situation dont l’issue est pourtant inexorable.
André Previn a su transcrire en musique l’une des œuvres emblématiques de la culture américaine. Pour son premier opéra, le compositeur a su montrer que cette œuvre avait autant sa place à l’opéra qu’au théâtre. Le chef d’orchestre Patrick Summers a dirigé, en alternance avec le compositeur, la création à San Francisco : il est donc l’homme de la situation pour cette création européenne. L’œuvre a été enregistrée et primée sous la baguette du compositeur, dans la collection 20 / 21 chez Deutsche Grammophon avec Renée Fleming dans le rôle de Blanche. Opéra du Rhin, les 6, 8, 10, 15 et 17 décembre, La Filature, les 21 et 23 décembre.
Christophe Cornubert
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