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L’Opéra de Paris propose, du 26 novembre au 11 décembre, trois œuvres bien différentes en une seule soirée : deux nouvelles productions, “Mavra”, opéra-bouffe de Stravinski, dans une mise en scène de Humbert Camerlo, et “Les Sept Péchés capitaux”, ballet avec chant de Kurt Weill, mis en scène par Laurent Pelly et chorégraphié par Laura Scozzi, ainsi qu’une reprise du ballet de Prokofiev créé en 1929, “le Fils prodigue”, dans la chorégraphie de Balanchine et avec les décors du peintre G. Rouault. Ce qui unit ces trois productions, ce qui en est le dénominateur commun, c’est un seul homme, qui joua un grand rôle dans la vie musicale à Paris, depuis les années 1920 jusqu’aux années 1970, Boris Kochno (1904-1990), auquel l’Opéra de Paris rend hommage aujourd’hui par cette série de spectacles.
Né en Russie, « balletomane précoce », Boris Kochno quitte son pays après la révolution bolchevique et se rend à Paris en 1920. Il y rencontre en 1921 le directeur des Ballets russes, Serge Diaghilev, qui, séduit par les qualités du jeune homme, l’engage immédiatement dans sa troupe, et en fait son collaborateur : à dix-sept ans, Kochno devient conseiller artistique de la célèbre compagnie fondée en 1909, et qui compte à ce moment au nombre de ses créations “le Sacre du printemps”, “Daphnis et Chloé” de Ravel ou encore “Parade” de Satie… Kochno parvient à s’imposer rapidement si bien que, dès 1922, il rédige le livret d’une des premières œuvres néo-classiques de Stravinski, l’opéra “Mavra”, d’après Pouchkine, sur la demande du compositeur lui-même, puis, en 1928 pour Prokofiev, le livret du “Fils prodigue”, d’après l’Evangile de Saint Luc, dans une chorégraphie du jeune Georges Balachine (qui n’a alors que vingt-cinq ans). Mais Kochno travaille aussi avec les plus grands artistes présents à Paris à cette époque : Auric, Picasso, Juan Gris, Cocteau…
Cependant, à la mort de Diaghilev en 1929, les Ballets russes disparaissent ; Kochno devient alors directeur artistique des Ballets russes de Monte-Carlo, tout en fondant avec Balanchine en 1933 les Ballets 1933. C’est à cette époque qu’il suggère à B. Brecht et à K. Weill l’idée de composer le ballet des “Sept Péchés capitaux”, qui sera donné par la compagnie des Ballets 1933 au Théâtre des Champs-Elysées. Malgré la rapide disparition des Ballets 1933, il ne cesse pas pour autant de collaborer avec Balanchine, mais aussi avec C. Bérard, A. Derain, D. Milhaud… Après la guerre, il obtient le poste de conseiller artistique des Ballets des Champs-Elysées, tout en continuant à fournir les arguments de plusieurs ballets (Quadrille, La Rencontre ou Œdipe et le Sphinx, Mascarade…). C’est ainsi qu’il s’est affirmé peu à peu comme l’une des figures les plus importantes dans le domaine de la danse et du ballet, jouant un rôle essentiel dans leur création à une époque florissante, notamment grâce à sa longue collaboration avec Georges Balanchine. Il était donc tout à fait naturel qu’un hommage soit rendu à ce grand librettiste et à cet artiste avisé. Opéra Garnier, du 26 novembre au 11 décembre.
Christophe Corbier
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