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La Finlande est à l’honneur à Paris durant tout le mois de novembre : alors que le Théâtre du Châtelet propose la création de l’opéra "L'Amour de loin" de K. Saariaho à la fin du mois, la Cité de la Musique accueille, les 23 et 24 novembre, un cycle de concerts consacré à l’un des compositeurs contemporains les plus importants, Magnus Lindberg. Ces concerts seront interprétés par l’Orchestre Philharmonia sous la direction de son compatriote et ami, le grand chef Esa-Pekka Salonen. Figure essentielle de la musique finnoise, mais aussi européenne, Lindberg, né en 1958, s’inscrit, d’après ses propos, dans la lignée d’un certain nombre de grands compositeurs du vingtième siècle qui ont joué pour lui un rôle déterminant : Boulez, Stockhausen, Berio et Zimmermann l’ont influencé dans un premier temps, mais il se réclame également de compositeurs comme Lutoslawski, Bartok (en particulier l’auteur du "Mandarin merveilleux", ballet que Salonen a inscrit au programme de ses concerts) et bien évidemment Sibelius, le père de la musique finlandaise moderne. Cependant, deux compositeurs sont absolument fondamentaux pour lui, deux Russes (est-ce un hasard pour un Finlandais, dont le pays est si intimement lié à l’oppresseur de jadis, et qui a suivi personnellement les cours de professeurs originaires de Saint-Pétersbourg ?). Le premier d’entre eux est Moussorgsky : c’est pourquoi l’orchestre Philharmonia interprétera, lors des concerts de la Cité de la Musique, des extraits de "Boris Godounov". Mais le compositeur qui conserve assurément le plus d’influence sur Lindberg est Stravinsky : le Finlandais avoue clairement l’importance que revêt pour ses propres créations Le "Sacre du Printemps", se plaisant à répéter dans divers entretiens que sur sa table de travail se trouve toujours la partition du grand compositeur russe, modèle à suivre et en même temps "bulldozer" (interview donnée au magazine Classica, novembre 2001). C’est pourquoi Salonen interprétera lors du même concert le célébrissime ballet de Stravinsky, ainsi que l’une des œuvres les plus connues de Lindberg, "Kraft", qui a été créé en 1985, n’a jamais encore été donné à Paris, et a acquis depuis sa création une certaine notoriété en raison des effets impressionnants suscités par l’immense effectif orchestral requis. Sa sauvagerie (on a parfois utilisé, pour qualifier cette musique, l’expression "urban jungle"), sa puissance, qui rappelle celle du Sacre, ses emprunts à la musique rock et punk ont en particulier contribué à son succès auprès du public et de la critique, même si Lindberg reconnaît qu’aujourd’hui il ne serait plus capable d’écrire une œuvre de ce type et qu’il souhaite revenir à une forme de "classicisme", conçu comme "une certaine pureté", comme un "goût pour l’équilibre" et une tentative pour recréer des "hiérarchies sonores" (entretien publié aux Cahiers de l’Ircam, 1993). Mais la seule création parisienne de "Kraft", ainsi que l’interprétation sans nul doute passionnante que donnera Salonen des autres œuvres de Lindberg, constitue assurément un événement important auquel tout mélomane s’intéressant à la création contemporaine se doit d’assister. Cité de la musique, les 23 et 24 novembre.
Christophe Corbier
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