|
Rectifions l’image désuète et vieil or de Massenet et soulignons derechef qu’il ne fut pas ce musicien lyrique complaisant, décoratif, édulcoré, « fin de siècle » qu’on s’entête à accepter.
Combien d’encyclopédies et d‘histoires de la musique qui nous assènent jusqu’à l’obsession réductrice l’image d’un musicien officiel, comblé de prix et d’argent, « confiseur musical », habile pâtissier dans l’art de tisser au kilomètres des sucreries bon ton, précieuses, gavées de miel doucereux, parfaites mièvreries et fadeurs crémeuses destinées aux pâmoisons des riches bourgeoises en mal de sensations « vulgaires » !
Certes, maints passages de ses opéras, Manon ou Thaïs, offrent mélodies et airs « faciles » destinées à émouvoir les belles écouteuses. Massenet fut cependant doué d’une sincérité originale et influença plus qu’on ne l’imagine, Debussy nous le rappelle, des générations de compositeurs. Grâce à lui, théâtre et mélodie s’accordent idéalement : il aura marqué comme nul autre l’opéra français. Son écriture dévoile des trésors d’inspiration, d’élégance, de raffinement et son orchestre, demeure l’un des plus précis et des mieux ouvragés qui soient : incomparable par « ses teintes claires et ses mélodies chuchotantes » (Debussy toujours). Au moment où âgé de 54 ans, il décidait de ne se consacrer qu’à la composition soit en 1896, le musicien avait déjà produit le meilleur de lui-même : Manon (1864), Le Cid (1885), Werther (1892) et Thaïs (1894). Autant d’ouvrages que l’on redécouvre aujourd’hui. L’opéra Bastille a récemment vu le triomphe de Manon, pour la deuxième année consécutive, avec dans le rôle titre, l’ineffable Renée Fleming.
Chaque année, sa ville natale célèbre l’enfant qu’elle a vu naître. Le « festival Massenet » à l’Esplanade de Saint-Etienne souhaite témoigner de l’insondable richesse de ce génie méconnu. C’est au dramaturge et à l’amoureux des voix que cette année, le festival 2001 s‘intéresse. L’opéra ROMA en cinq actes, livret de Henri Cain sera donné au « Grand Théâtre Massenet » du 9 au 13 novembre prochains sous la direction de Patrick Fournillier. Ultime ouvrage lyrique (1912), Roma met en scène les héros antiques, Fausta, nièce du sénateur Fabius et l’esclave gaulois Vestapor. Leur passion impossible se déroule au moment où Rome vainc finalement l’armée d’Hannibal. Gabriel Fauré a loué la sobre puissance de la partition, traitée comme une épure en moyens simples mais outrageusement véhéments. Les 23 et 25 novembre, le NOSE, entendez le Nouvel Orchestre de Saint-Etienne, dirigé par Franck Villard, proposera un concert lyrique consacré aux « voix d’hommes chez Massenet » : Gille Ragon (ténor), Olivier Grand (baryton) et René Scherrer (basse) interprèteront des extraits des opéras de Massenet, Thaïs, Hérodiade, Don Quichotte, Griselidis, Manon et Sapho, mis en regard avec des œuvres de Berlioz (l’Enfance du Christ) et de Debussy (Rodrigue et Chimène). Le festival Massenet 2001 affiche aussi le pianiste Olivier Besnard (le 14 novembre) dans un programme Alkan, Massenet, Ravel et Liszt. L’orchestre Léopolis fondé en 1996 à Lvov (Russie), dirigé par Grigori Penteleitchouk abordera des œuvres de Saint-Saëns, Debussy, Chausson, Honegger et Massenet les 15, 16 et 17 novembre.
Voilà qui nous fait opportunément patienter jusqu’à la reprise de Don Quichotte à l’opéra Bastille, programmé à partir du 21 janvier 2002 avec José Van Dam dans le rôle titre.
Alexandre Pham
|