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22 Mai 2009 - Retour à Scarlatti

Une interview de Gilbert Bezzina, directeur musical de l’Ensemble Baroque de Nice




Saison du 25e anniversaire de l’Ensemble Baroque de Nice, 2007-2008 a été en particulier marquée par La Giuditta d’Alessandro Scarlatti, donnée dans une version mise en espace par Gilbert Blin. Tandis qu’un enregistrement live vient de paraître(1) et que la production s’apprête à circuler dans plusieurs festivals(2), Gilbert Bezzina revient à Scarlatti avec l’oratorio Agar et Ismaele esiliati qu’il dirige à Nice les 22 et 24 mai(3). A cette occasion, ce scarlattien fervent répond aux questions de concertclassic.

Quel bilan tirez-vous de la saison passée, marquée par le 25e anniversaire de la fondation de l’Ensemble baroque de Nice ?

Gilbert Bezzina : Cette célébration a permis à l’Ensemble d’être un peu plus aidé que d’habitude et donc de se lancer dans des projets tels que La Giuditta, que nous avons donnée dans une version mise en espace, merveilleusement réalisée par Gilbert Blin qui signait également les costumes. C’est une chose que nous ne pourrons pas faire tous les ans, mais je crois que cette expérience nous a ouvert des portes et nous allons avoir l’occasion de présenter La Giuditta dans plusieurs festivals, ce qui est une chose magnifique aussi bien pour le moral que pour la vie de l’Ensemble. J’espère que d’autres expériences dans le même esprit pourront venir très vite.

Comment le public s’est-il comporté ?

G.B. : Il a merveilleusement réagi et je suis très fier de sa grande fidélité. Grâce à l’aide de la ville de Nice, cela fait presque huit ans que nous doublons tous les concerts de la saison afin de ne plus refuser de monde comme c’était le cas auparavant. Le public niçois me fait je crois entièrement confiance et sa curiosité me permet de programmer des œuvres totalement méconnues. Tout le monde souhaite s’adresser un maximum de monde, mais j’avoue que je préfère toucher 500 personnes avec Scarlatti que 1000 avec Les Quatre Saisons - qui sont un chef-d’œuvre, je ne le conteste pas - ; c’est plus valorisant et plus motivant pour moi.

Où en est votre collaboration avec l’Opéra de Nice ?

G.B. : Les choses sont au point mort depuis le Teseo de Haendel (en mars 2007) qui avait remarquablement marché et dont les trois représentations avaient fait le plein. L’Opéra de Nice ne nous a pas sollicités encore pour d’autres expériences. C’est un peu comme ça avec les maisons d’opéra elles sont assez frileuses et il n’est pas facile de les lancer sur des terrains méconnus, ce qui se comprend mal car le public réagit très bien. Des changements se profilent à l’Opéra de Nice et j’ai pas mal d’espoir de reprendre notamment la collaboration avec Gilbert Blin. C’est toujours un plaisir car il s’agit d’un travail commun : ce qui se passe sur le plateau est tout à fait en accord avec ce que l’on recherche musicalement dans la fosse et avec les chanteurs.

A propos de répertoire méconnu, vous allez bientôt diriger l’oratorio Agar et Ismaele d’Alessandro Scarlatti. Ce seront pour vous des retrouvailles je crois ?

G.B. : C’est en effet une œuvre que j’avais programmée il y a une bonne quinzaine d’années à Nice. Alessandro Scarlatti est pour moi l’un des très grands compositeurs de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle. Ses opéras sont totalement inconnus. A l’Opéra de Nice nous avons donné il y a une quinzaine d’années environ un véritable chef-d’œuvre de Scarlatti, Telemaco, et ça m’a évidemment incité à approfondir son répertoire lyrique. Si l’on connaît assez bien certaines cantates, les opéras restent à découvrir – à ma connaissance, hormis Telemaco, aucun n’a pu être donné en France, de temps en temps on en entend un en Allemagne -, c’est regrettable car Alessandro Scarlatti est un des grands maîtres italiens avec Vivaldi.

Comment expliquez-vous ce désintérêt envers la production lyrique d’un compositeur aussi important ?

G.B. : Là encore je pense que les choses viennent des maisons d’opéra qui se montrent très frileuses. Grâce à son fils Domenico et ses sonates, le nom de Scarlatti est quand même présent dans la mémoire collective mais, malgré ça, si l’on propose Haendel, Vivaldi et Scarlatti ce sont les deux premiers qui ont la préférence.

Revenons à Agar et Ismaele. En quoi cette partition se singularise-t-elle dans la production de Scarlatti ?

G.B. : Il s’agit d’une œuvre avec un relativement petit effectif - deux sopranos, un haute-contre, un baryton et une voix d’enfant, à laquelle je prends le parti de confier le dernier air ; le chant d’un ange. Du point de vue de l’écriture orchestrale, Agar et Ismaele se révèle plus riche que La Giuditta par exemple. Il se distingue en outre de pas mal d’autres oratorios scarlattiens par la richesse d’ensembles où l’on trouve deux ou même trois chanteurs. Et comme toujours Scarlatti nous réserve des moments de magie absolue…

Quelles sont les perspectives de l’Ensemble baroque de Nice pour la saison prochaine ? Allez vous restez fidèle à Scarlatti ?

G.B. : Nous avons l’habitude d’annoncer notre saison relativement tard et les choses ne se feront pas plus tôt cette année. La crise fait sentir ses effets et nous ne savons pas encore précisément ce dont nous allons disposer venant des différentes collectivités. Si tout se passe normalement, il y a un autre compositeur qui me passionne également, Gasparini, auquel j’aimerais me consacrer la saison prochaine. Gasparini et Scarlatti étaient deux contemporains qui s’appréciaient beaucoup. J’ai les partitions des deux oratorios de Gasparini conservés à la Bibliothèque de Dresde et je travaille actuellement là-dessus. Je ne sais pas encore exactement si ce sera pour la saison prochaine ou la suivante.
Dans le domaine instrumental nous continuerons à panacher entre des œuvres du répertoire, je pense aux concerti grossi de Corelli par exemple, et des pièces à découvrir telles que des sonates de Matthias Weckmann.

Et que deviennent les « Baroque Bars » ?

G.B. : Ils ont toujours lieu dans la cave qui se trouve sous nos bureaux au cœur du Vieux-Nice. Une fois par mois en moyenne les gens s’installent et savourent une heure, une heure et demie de musique tout en prenant une consommation. Le violoncelliste Frédéric Audibert participait récemment à un Baroque Bar et m’a dit son plaisir de faire de la musique dans ces conditions. Un plaisir partagé par le public.

Propos recueillis par Alain Cochard, le 6 mai 2009

(1) A. Scarlatti : La Giuditta (manuscrit de Cambridge) - 1 CD Dynamic/CDS 596/Dist. Codaex

(2) Festival de Musique Sacrée de Marseille(28 mai), Festival de Musique Ancienne de l’Escarène (22 juillet), Festival de La Chabotterie (31 juillet), Les heures Musicales de l’Abbaye de Lessay (4 août), Festival de la Chaise-Dieu (25 août)

(3)Alessandro Scarlatti : Agar et Ismaele esiliati, oratorio en deux parties Avec Sophie Landy, Raphaël Pichon, Philippe Cantor, Rossana Bertini
Ensemble Baroque de Nice, direction Gilbert Bezzina
Les 22 mai (20h 30) et 24 mai (16h30)
Nice – Eglise Saint-Martin-Saint-Augustin
1, place Sincaire – 06000 Nice
www.ensemblebaroquedenice.com

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Voir un extrait vidéo de la Giuditta d'Alessandro Scarlatti par l'Ensemble Baroque de Nice avec Raphaël Pichon :



Photo : DR

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