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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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07 Janvier 2009 - Humanité et goût du défi, une interview de Kun Woo Paik



Installé en France depuis de nombreuses années, le pianiste coréen Kun Woo Paik demeure un artiste globe trotter que l’on n’a pas si souvent l’occasion d’entendre chez nous. Avec le Concerto n° 2 de Prokofiev à l’Orchestre de Paris, le Concerto « Résurrection » de Penderecki sous la direction du compositeur à Monte Carlo et plusieurs apparitions dans le cadre de « Prades aux Champs Elysées » il sera toutefois très présent durant le mois de janvier, également marqué par la parution du dernier volume (Sonates n° 28 à 32) de son intégrale des 32 sonates de Beethoven.

A soixante ans, l’artiste signe une interprétation fabuleusement aboutie d’un point de vue pianistique certes, mais d’abord marquée du sceau de l’humanité et de la sagesse. La première grande intégrale Beethoven du XXIe siècle.

Kun Woo Paik : C’est un projet que je voulais absolument réaliser. Avec le temps une nécessité physique de me lancer dans les 32 sonates s’est progressivement manifestée et, à la différence de collègues qui ont étalé leur intégrale sur de nombreuses années, j’ai souhaité la réaliser relativement rapidement (en l’espace de trois ans). Cette plongée dans la musique de Beethoven m’a énormément apporté. Avec Liszt, que j’ai beaucoup fréquenté auparavant, c’était « le piano » et aussi un travail sur moi car j’étais quelqu’un d’assez timide et cet auteur m’a permis de sortir de moi-même. Avec Beethoven, je m’approche encore plus près de la Musique. Elle a toujours été présente dans ma vie mais je ne m’en suis sans doute jamais autant approché qu’avec Beethoven. Ce qui m’intéresse c’est l’homme Beethoven, ce qu’il a vécu et expérimenté. Comme Schiller ou d’autres, Beethoven avait un grand dessein, mais son art parle à tout le monde. C’est une sorte de compagnon, quelqu’un à qui l’on peut se confesser.

Vous interprétiez déjà certaines sonates auparavant. Qu’apporte de plus le fait de se confronter à la totalité du corpus ?

K. W. P. : J’aime travailler intégralement car cela donne une perspective différente et physiquement on se trouve dans une position différente aussi. Je me sens plus à l’unisson des œuvres. Dans ma jeunesse, lorsque je travaillais Beethoven à la Julliard School, son écriture me posait des problèmes. Mais ce côté « inconfortable » fait partie de la personnalité de Beethoven. Sa vie n’était pas simple : il était mal à l’aise avec la foule, avec les femmes, avec lui-même et c’est pour cela que, quand il s’ouvre, quand il trouve une lumière, elle devient encore plus brillante.

Il y a un autre aspect important aussi : le son beethovénien ; un « grain de son » différent de celui des autres compositeurs. Il faut trouver ce côté sombre, masculin, agressif parfois, mais toujours convaincant, prenant et personnel. Beethoven n’est pas « joli ». C’est pourquoi j’ai voulu dans mon intégrale des sonates une prise de son différente de celle de mes disques Fauré ou Chopin par exemple, quelque chose de plus proche du piano.

Vous ne négligez toutefois pas la musique russe qui a tant fait pour votre réputation, puisque l’on vous retrouve mercredi 7 janvier avec l’Orchestre de Paris à la salle Pleyel dans le Concerto n° 2 de Prokofiev. Quelle place occupe cet ouvrage dans votre panthéon ?

K. W. P. : J’ai commencé ma collaboration avec l’Orchestre de Paris en remplaçant au pied levé Arcadi Volodos dans le 3ème Concerto de Rachmaninov, puis j’y suis revenu pour le Concerto n° 2 de Bartok avec Paavo Järvi – un chef merveilleux qui dirige tout, comme son père. Tout s’est très bien passé et Georges Hirsch m’a alors demandé quel concerto je souhaiterais faire. Etant donné que je n’avais jamais encore donné le 2ème de Prokofiev à Paris, je me suis dit que c’était l’occasion – j’aurai attendu assez longtemps… J’ai monté ce concerto pour un concert à Katowice en 1991 avec Antoni Wit. Il m’a proposé de revenir l’année suivante pour enregistrer… l’intégrale des 5 concertos de Prokofiev avec l’Orchestre Symphonique de la Radio Nationale Polonaise(1). Quand je regarde mes préférences personnelles, je vois des ouvrages tels que le 2ème de Prokofiev, le 2ème de Brahms, le 3ème de Rachmaninov. Je penche pour des œuvres de ce genre, qui parlent de la complexité de la vie.

J’aime tous les concertos de Prokofiev, mais c’est au 2ème que va ma préférence ; c’est le plus attirant, le plus riche. J’aime la densité de son discours.

Dès le 11 janvier vous serez aux côtés de l’Orchestre de Monte Carlo pour interpréter le Concerto « Résurrection » de Penderecki sous la direction du compositeur. Un ouvrage que vous connaissez déjà bien je crois ?

K. W. P. : En effet, j’ai donné la première audition de l’œuvre en Espagne avec Penderecki, il y a deux ans environ. Au milieu des années 1990 j’ai rencontré le compositeur à Cracovie où je jouais le 1er Concerto de Bartok. Après le concert il m’a invité chez lui et m’a confié : « j’aimerais écrire pour le piano, mais ce n’est pas très facile pour moi ». Quelques années plus tard, alors que je séjournais à Vienne, je reçois un fax de Penderecki me demandant de donner la première audition espagnole de son concerto. En découvrant la partition, j’ai cru que je n’y arriverais jamais ! Finalement tout s’est bien passé.

Le Concerto de Penderecki est né dans des circonstances assez particulières. L’artiste s’était lancé dans la rédaction d’une œuvre assez légère, une sorte de capriccio ; quand sont survenus les événements du 11 septembre 2001. Penderecki a arrêté le travail qu’il avait en cours et tout recommencé pour écrire une œuvre très dense où l’on sent l’affrontement du bien et du mal.

A l’occasion de ma première collaboration avec Penderecki en Espagne, j’ai été frappé par l’attitude de cet artiste ; il est en recherche permanente. Il a tenu à assister à tout le travail que j’effectuais seul au piano ; il suivait tout, partition en main, avec une énorme attention. Il m’a demandé ce que je pensais de la construction de son ouvrage et je lui ai fait des suggestions sur des modifications éventuelles. Après la création espagnole, il est venu me voir et m’a annoncé avec beaucoup d’excitation qu’il avait travaillé à l’hôtel durant l’après-midi : une nouvelle version du concerto était en chantier !

Prades au Champs-Elysées (du 21 au 24 janvier) va être l’occasion de vous entendre dans un contexte dans lequel on vous connaît moins : la musique de chambre…

K. W. P. : J’ai été invité par Michel Lethiec à Prades il y a quelques années et j’ai moi aussi eu l’occasion de le recevoir au Festival de Dinard avec ses filles Karine et Saskia, altiste et violoniste, son gendre le compositeur Krystof Maratka, etc., lors d’une édition intitulée « Musique en famille ». Quelle famille musicienne que les Lethiec ! Je suis heureux de retrouver l’équipe de Prades au TCE pour cette série « Haydn & co » où je jouerai entre autres le Trio « Des Esprits » de Beethoven avec Olivier Charlier et Arto Noras. La musique de chambre est un genre que j’aime énormément et je regrette que mon activité ne me permette pas de le pratiquer autant que je voudrais. »

Propos recueillis par Alain COCHARD, le 26 décembre 2008

(1) 2 CD NAXOS

Prochains concerts de Kun Woo Paik

Avec l’Orchestre de Paris, dir. Ilan Volkov. 7 janvier 2009 – 20h Salle Pleyel.

Avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dir. Krysztof Penderecki. 11 janvier 2009 – 18h. Auditorium Rainier. http://www.opmc.mc/fr.

Prades au Champs-Elysées. Les 21, 23 et 24 janvier 2009 – 20h. Théâtre des Champs-Elysées. réservations

Voir la vidéo de Kun Woo Paik

Photo : DR

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