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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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05 Janvier 2009 - La Chronique de Jacques Doucelin

Bonne année quand même !



Oui, Bonne année à tous les musiciens et à tous ceux qui les aiment et leur permettent d'exister ! Ceux-ci sont d'ailleurs bien plus nombreux que les mélomanes qui assistent à leurs concerts à Paris ou en région. Il y a d'abord ceux qui, pour des raisons variées, ne peuvent se déplacer jusqu'aux salles de concerts et se rattrapent en écoutant la musique par tous les moyens désormais à leur disposition, radios, CD, DVD, etc. Mais surtout, il y a tous les mécènes qui s'ignorent !

Car la culture, et singulièrement le spectacle vivant, quoiqu'en disent les moroses, est très largement subventionnée en France. Et heureusement pas seulement par l'Etat ! Les collectivités territoriales – villes, départements et régions – portent plus d'une institution musicale à bout de bras, notamment les Opéras et les Orchestres régionaux. Au bout du compte, ou plutôt à l'origine des comptes, il y a le produit des impôts (directs et indirects) de tout un chacun, même si ce dernier est totalement sourd à la musique dite « savante »...

Ce subventionnement forcé permet en tout cas de baisser les prix d'entrée de façon significative – notamment dans les Théâtres lyriques de province – et de réaliser ainsi une relative démocratisation de l'accès à cette forme de culture. On peut toujours trouver que ça n'est pas suffisant. La crise sociale et économique qui s'annonce, bien réelle, pourrait, en revanche, nourrir des inquiétudes quant à la pérennité de notre système de subventionnement. Nul doute qu'il y aura des difficultés.

Mais si l'on peut, certes, surseoir pour une durée limitée à des campagnes de travaux de restauration dans les monuments historiques, voire à la construction de nouveaux lieux de loisirs culturels comme la grande salle de La Villette, précipiter dans le chômage des artistes en désorganisant un système de diffusion de la culture, qui fonctionne malgré ses imperfections, serait un bien mauvais calcul. Tous les exemples fournis par l'histoire récente et d'abord les tragédies du XXe siècle, prouvent justement que les hommes se précipitent vers la culture la plus exigeante lorsqu'ils sont privés de l'essentiel, la liberté. Cela vaut pour toutes formes de contrainte économique ou de dictature politique. Souhaitons qu'on saura éviter un retour à ces temps indignes.

D'autant que les musiciens vont avoir du pain sur la planche, cette année 2009 marquant le bicentenaire de la mort de Joseph Haydn, l'une des figures les plus nobles, mais aussi les plus secrètes, du sacro-saint trio du classicisme viennois aux côtés de Mozart et de Beethoven. Les deux derniers ont connu des destins tragiques qui n'ont pas peu contribué à forger leur légende dans le grand public: Mozart en génie foudroyé à 36 ans, Beethoven en martyr de lui-même et des autres. Face à eux, le bonhomme Haydn est désespérément banal. Pris entre le bon vouloir de ses maîtres les Princes Estherazy et la médiocrité de sa « bestia » d'épouse, il réussit à n'en faire qu'à sa tête sa longue vie durant pour mener à bien sa tâche d'artisan méticuleux.

De fait, il sut toujours faire passer avant tout le reste le soin de sa carrière de créateur, séjournant à Londres le temps d'y satisfaire aux commandes qu'on lui passait et polissant sans relâche un art sans cesse novateur. Il y avait du Boulez chez ce « Bon Papa Haydn » qui s'efforça, certes, de bonne grâce à donner satisfaction à ses maîtres en assurant les divertissements de la cour princière qui l'employait, mais sut séjourner à Vienne, la capitale intellectuelle et politique de l'Europe centrale, pour s'y faire jouer et fréquenter ses amis et la loge maçonnique où son cadet Mozart l'avait entraîné. Et surtout, sans esclandre ni forfanterie, il poussa avec audace ses recherches au point d'inventer la modernité.

Ce qui manque aujourd'hui à sa gloire en France, c'est essentiellement, de ne pas avoir été un dramaturge de la musique comme son cher Mozart : ses opéras permettent à l'oeil d'y trouver son compte. Ainsi Wolfgang y a-t-il bénéficié depuis la guerre de ce goût latin pour le spectacle des yeux et des oreilles. Aussi bien la musique instrumentale de Haydn, hormis quelques symphonies, toujours les mêmes, doit-elle être impérativement redécouverte. Ses concertos pour piano et pour violon ont bien des qualités aussi. Et si l'on joue davantage ceux pour violoncelle, c'est au bout du compte parce que Mozart n'a rien écrit pour cet instrument ! Quant aux sonates pour piano, elles constituent un véritable laboratoire de la modernité au tournant du siècle classique et romantique où l'inventivité n'a d'égale qu'une sensibilité à fleur de peau.

Depuis le génial Sviatoslav Richter, bien peu de pianistes se risquent à en jouer toute une soirée. Même le grand Brendel a toujours refusé de consacrer un programme entier à des sonates de Haydn les jugeant trop ardues pour le public, m'a-t-il avoué un jour... C'est oublier que sans elles, jamais Beethoven n'aurait écrit son collier de 32 sonates révolutionnaires... Public et musiciens vont avoir fort à faire ! L'année où Haydn fermait les yeux, un jeune romantique les ouvrait à Hambourg sur un monde qui n'allait pas ressembler à celui de son prédécesseur : Felix Mendelssohn-Bartholdy.

Et pourtant les choses ne sont jamais aussi tranchées que certains le pensent... ou le souhaitent.
Ce fils de la grande bourgeoisie allemande allait succomber au fameux « mal du siècle » comme Joseph Haydn avait vibré, en son temps, aux souffles préromantiques du Sturm und Drang. Les grandes pages symphoniques comme les principaux oratorios de ce dernier ne furent pas sans influencer le cadet dont le romantisme fut toujours tempéré par une forme de classicisme de bon aloi qui l'a toujours distingué du trio né dans les années suivantes : Chopin et Schumann en 1810 et Liszt en 1811. Mendelssohn est plus joué en proportion que Haydn, car il affectionne les formations de chambre et son Concerto en mi mineur reste un must pour les violonistes. Quant à ses symphonies, il y en a cent de moins que chez Haydn... Mais rapprocher les deux hommes dans les programmes n'a rien d'illogique et tout pour séduire public et interprètes. Bonne Année à Haydn et Mendelssohn !

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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