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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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30 Novembre 2008 - La Chronique de Jacques Doucelin

La fête aux orchestres



Après « Tous à l'Opéra », « Tous au concert ! » C'est ce qu'a tenté de réaliser durant une dizaine de jours l'opération « Orchestres en fête » initiée par une trentaine de formations symphoniques. On ne saurait trop se réjouir des efforts entrepris par les institutions musicales des vingt régions pour mieux sortir de leur tour d'ivoire. En fait, ces coups de projecteur salutaires ne font que prolonger les politiques d'initiation à l'art musical mises en place un peu partout dans l'Hexagone pour attirer le jeune public laissé dans l'ignorance de la musique dite « savante » par l'enseignement général.

C'est que les conservatoires régionaux et autres écoles de musique implantés pourtant sur tout le territoire grâce au plan Landowski ne suffisent plus à assurer aujourd'hui le renouvellement du public de la musique classique, trop souvent qualifiée par les hauts et bas fonctionnaires d'élitaire...De Jean-Claude Casadesus dans sa région lilloise à Jean-Yves Ossonce à Tours, tous ont retroussé leurs manches pour expliquer aux cadets ce qu'ils font, comment ils travaillent et le bonheur qui est le leur quand ils parviennent à toucher leur public. Ce n'est ni la théorie, ni les explications vaseuses de tel ou tel qui peuvent convaincre les néophytes, mais d'abord le musicien qui est seul habilité à faire partager sa passion: il ne faut pas de barrière entre l'artiste et son (futur) public !

Il faut avoir vu les yeux d'enfants du primaire, voire du secondaire, et pas dans les quartiers bourgeois familiers de la pratique musicale, mais à la périphérie des grandes cités ou à la campagne, lorsque un hautboïste ou un violoniste vient « présenter » lui-même son instrument aux élèves et en parler en toute familiarité, pour comprendre ce qu'a de méprisant et de totalement faux ce reproche d'élitisme. Ce qu'il faut regretter c'est que ces présentations d'instruments ne débouchent pas sur une pratique amateur au sein d'un orchestre d'école ou d'une chorale. Qu'on ne vienne pas dire que les instituteurs n'en sont plus capables.

Il y a moins d'un demi siècle, bien avant l'explosion de la technologie qui doit, paraît-il, révolutionner les rapports entre les individus – tu parles! - chacun d'eux disposait dans sa classe d'un bon vieux « guide-chant », essoufflé parfois, qui permettait du moins aux maîtres qui chantaient faux de faire chanter leurs élèves chaque matin. Et pas forcément « La Marseillaise » ! Encore que ça pourrait favoriser l'intégration de l'ensemble des jeunes élèves dans la diversité de leurs origines, comme les « hussards de la République » réussirent voilà un peu plus d'un siècle à faire une nation parlant une seule et même langue à partir d'élèves provinciaux qui ne pratiquaient chez eux que leur dialecte local, de l'alsacien au breton en passant par le basque et l'auvergnat.

Ca n'est pas une question d'argent, mais de formation des maîtres. Donc de volonté politique... L'enjeu, c'est simplement d'assurer le renouvellement des publics pour garantir l'emploi des musiciens que l'on forme aujourd'hui en nombre et en qualité. On ne le dira jamais assez. Vous avez sans doute entendu parler comme moi, de cette déjà fameuse « Philharmonie de Paris », sise dans le parc de La Villette par l'architecte Jean Nouvel. Le geste architectural est hardi et l'on doit pouvoir compter sur l'oreille vigilante de Pierre Boulez, à l'origine du projet, pour assurer la qualité acoustique de ce nouvel instrument de diffusion musicale dont l'inauguration est prévue en 2012 et dont on dit qu'il symboliserait le quinquennat de l'actuel président de la République.

Mais à quoi bon ajouter 2.400 places pour le symphonique à Paris si l'on ne se préoccupe pas de former le public potentiel qui les remplira et si l'on ne garantit pas à ce dernier des moyens de transport dignes de ce nom ? D'ores et déjà, on nous annonce que la salle Pleyel que l'Etat a rachetée à prix d'or à son propriétaire privé en lui versant des traites durant cinquante ans (sic !), et dont la rénovation a été globalement réussie, serait dévolue, à partir de l'ouverture de la grande salle de La Villette, à la seule variété « de qualité », comme dirait Figaro. On se pince. Mais, comme dit l'autre, le pire n'est jamais sûr...

Les grandes manoeuvres ont pourtant déjà commencé avec la nomination de deux directeurs à l'Orchestre de Paris en remplacement de Georges-François Hirsch appelé au printemps dernier à la Direction de la Danse, de la Musique, du Théâtre et du Spectacle au Ministère de la Culture. Il s'agit de Bruno Hamard, directeur général, et de Didier de Cottignies, responsable de la politique artistique. Les deux compères ont déjà oeuvré de concert au début des années 2000 à l'Orchestre National de France avant que le premier ne passe à l'Odéon en 2003. Deux salaires qui s'ajouteront à celui du directeur musical, actuellement Christoph Eschenbach auquel succédera Paavo Järvi en 2010.

Les hommes ne sont pas en cause, mais une fois de plus, ce dont un orchestre a d'abord besoin pour se constituer en un corps solide, ça n'est pas d'une administration, aussi performante soit-elle, mais d'un chef auquel il puisse s'identifier pour peu que ce dernier ne soit pas un « jet-chef » qui lui donne six mois par an de sa précieuse carrière. On s'en veut de souligner une fois de plus des évidences, mais il le faut bien : y a-t-il de par le monde un seul exemple où la célébrité d'une formation symphonique ne soit pas liée au nom de son chef ? Karajan à Berlin, Solti à Chicago, Bernstein à New York, Ozawa à Boston, Munch à l'Orchestre de Paris, même si celui-ci mourut un an après sa nomination. Pour ne pas citer Kurt Masur, lié à vie à Leipzig, qui durant tout son mandat à la tête de l'Orchestre National arrivait à son bureau de la Radio à 9 heures chaque matin.

Vous pouvez désigner l'administration la plus brillante, vous ne changerez ni l'image de l'orchestre dans le public, ni sa façon de jouer, si vous n'avez pas un grand chef omniprésent, dévoué à ses musiciens et respecté par eux. L'Orchestre de Paris, éternel orphelin de Munch, attend toujours son prince charmant...

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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