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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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16 Novembre 2008 - La Chronique de Jacques Doucelin

Honneur à ces étrangers qui défendent nos musiciens !



Après l'intronisation du grand Seiji Ozawa au fauteuil de Sir Yehudi Menuhin à l'Académie des Beaux Arts en tant que membre associé étranger, voici qu'un autre maestro va y faire son entrée : William Christie, Français d'origine américaine, grand serviteur lui aussi du répertoire français. Seiji Ozawa, disciple de Charles Munch, a tracé une ligne de feu qui conduit de Berlioz au Saint François d'Assise de Messiaen en passant par Dialogues des Carmélites de Poulenc et les dernières créations d'Henri Dutilleux.

L'apport de « Bill », le jardinier de la musique baroque, à la musique française pourrait paraître plus modeste, en tout cas, limité à l'art lyrique de Louis XIV. N'empêche qu'il a fallu tout son acharnement - certains diraient son mauvais caractère – pour tirer Lully d'un sommeil empesé de près d'un siècle avec la révélation à un public ébaubi, mais pas séduit d'avance, d'un certain Atys. Ce fut l'aboutissement, en France du moins, car la cause était entendue depuis belle lurette en Hollande comme en Grande Bretagne, de la nouvelle « querelle des anciens et des modernes ». Avec Atys, la partie fut définitivement gagnée : plus un snob n'eût osé critiquer Lully ou avouer son assoupissement au beau milieu de l'acte du sommeil de l'opéra ressuscité... ainsi va la vie musicale parisienne depuis Versailles !

Mais si Christie a réussi à vaincre tous les obstacles et les pesanteurs, qui étaient alors considérables, c'est par ce qu'il a su former les interprètes de ce répertoire redécouvert, parallèlement à ses recherches musicologiques et organologiques effectuées voilà quatre décennies avec Mme de Chambure, grande prêtresse de l'authenticité musicale à la française au sein du Musée des instruments anciens du Conservatoire de Paris dont elle fit le foyer de la résurrection des compositeurs versaillais qui n'avaient pas survécu à la Révolution française, comme s'ils avaient été décapités en même temps que le dernier Capet.

Sans aucune subvention au départ, animés par la seule foi des nouveaux convertis, les Arts Florissants et leur chef ont réalisé un véritable sans faute qui les a menés dans le monde entier. Qui eût prédit au début qu'un jour William Christie irait imposer la musique de Lully à la Philharmonie de Berlin ? Certes, le roi de Prusse Frédéric II qui recevait notre Voltaire à sa cour, jouait aussi de la flûte... de là à y acclimater Les Sauvages des Indes Galantes !

Bref, Christie a été l'un des principaux artisans qui ont permis à la France de rattraper le retard qu'elle avait pris dans la redécouverte de la musique ancienne. Cela seul justifierait une récompense nationale. Mais il faut ajouter son rôle de pédagogue hors pair, de découvreur de jeunes voix et de formateur de gosiers. Claveciniste chef de chant, il a marqué ainsi son passage, hélas trop bref, au Conservatoire de Paris à une époque où la France connaissait l'une des pires pénuries de voix de son histoire. Et si les choses ont heureusement bien changé depuis, il n'y est pas pour rien ! Je ne parlerai pas de son action patrimoniale exercée dans sa propriété de Thiré en Vendée où le jardinier qu'il n'a jamais cessé d'être a reconstitué de vrais jardins à la française autour d'une maison forte protestante du début du XVIIe siècle.

Jamais deux sans trois, dit-on. Suggérons donc à l'Académicien Hugues Gall à l'origine de l'honneur fait à Ozawa et à Christie, de leur associer Sir John Eliot Gardiner, élève fidèle de Nadia Boulanger, pour l'admirable travail qu'il effectua en faveur du répertoire français à l'Opéra de Lyon comme au Festival d'Aix en Provence en accord avec Louis Erlo et Jean-Pierre Brossmann. C'est lui qui a notamment recruté avec Louis Langrée l'Orchestre de l'Opéra lyonnais. A quoi s'ajoute son travail de fond effectué sur Berlioz avec des instruments d'époque, de la recréation de la Messe solennelle à celle des Troyens au Châtelet. N'oublions pas non plus que, gentleman farmer, Gardiner a réussi à acclimater des vaches de l'Aveyron dans son domaine britannique où il conjugue avec bonheur culture et agriculture.

Comme quoi, l'Europe n'est pas une idée neuve.

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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