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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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06 Mai 2008 - La Chronique de Jacques Doucelin

Les dieux du Walhalla sont tombés sur la tête



Rien ne va plus du côté du Walhalla ! A Bayreuth, les dieux sont tombés sur la tête. Rassurez-vous ; ils ne se sont pas fait grand mal, ce sont des nains. Normal au pays des Nibelungen. Bref, le chef de la tribu Wagner, Wolfgang, 89 ans, dernier petit-fils de Richard, le vieux lion à la crinière blanche, a envoyé sa lettre de démission aux responsables de la fondation qui gère le festival. Elle prend effet à la fin d’août et du prochain festival.

Il donne ainsi satisfaction aux financiers… mais il a lâché une bombe à retardement dans sa bafouille. Le vieux renard s’y révèle, en effet, un vrai Ponce Pilate version Walhalla. Car, tandis que les autorités de tutelle, notamment le Ministère de la Culture du Land de Bavière, continuent d’enregistrer les candidatures à la succession de Wolfgang dont la gestion donne de plus en plus de signes de sénilité, celui-ci dans un ultime sursaut, accepte de « faire don de sa personne », selon la célèbre formule appliquée à la «Colline verte », en proposant, comme si cela allait de soi, de passer le flambeau à ses deux filles issues de ses deux mariages, Eva Wagner-Pasquier, 60 ans passés, née du premier lit, et Katherina, 29 ans, fille de Gudrun ravie au Walhalla l’an dernier.

Il faut tout de même se souvenir que ces charmantes Walkyries n’ont cessé de se chamailler, s’injuriant comme des harengères par gazettes teutonnes interposées. Et voici que soudain, le vieux sage de la Colline verte qui s’était employé ces dernières saisons à pousser sa cadette vers la mise en scène avec des succès mitigés, soudain pardonne à son aînée comme Wotan à sa chère Brünnhilde sur son rocher de douleur. Mais depuis la mort de sa mère Gudrun la cadette semble moins bien en cour. Un vrai coup de Jarnac du vieux de la montagne ! Pour un peu, on se croirait aux obsèques de Mitterrand qui avait réuni sa maisonnée au grand complet, chiens compris. Seul, l’Arverne Charasse boudait sur le parvis comme Hagen au bord du Rhin.

Sans doute, la survie du Festival de Bayreuth vaut-il bien une messe lui aussi…N’empêche que même si les deux donzelles de filles que tout sépare, réussissent à se réconcilier, une troisième Norne de la génération senior veille au grain en la personne de Nicke Wagner, musicologue de son état. C’est la nièce de Wolfgang puisqu’elle est la fille de son frère Wieland mort depuis quatre décennies. Une chose est sûre : la guerre de succession (voire de sécession !) n’est pas près de s’éteindre sur la Colline verte.

L’essentiel demeure : l’avenir du festival. Car c’est peu de dire qu’il n’a cessé de péricliter depuis la célébration de son centenaire voici trois décennies avec le fameux Ring de Boulez-Chéreau. C’est l’équilibre entre l’œil et l’oreille qui s’est inexorablement dégradé. Si le niveau musical se maintient à un haut niveau, Wolfgang s’est cru obligé, pour compenser ses propres mises en scène plan-plan, de convoquer dans le temple wagnérien tous les trublions du théâtre germanique, analphabètes musicaux notoires. Nous en savons quelque chose depuis que Gérard Mortier dirige l’Opéra de Paris !

Pour revenir à Bayreuth, il convient de rappeler que la manifestation a survécu au pire, y compris le nazisme qui y tenait table ouverte au temps de la belle-fille anglaise de Richard, l’illustre Winifred. Ce sont ses propres enfants, Wieland et Wolfgang, qui furent chargés par les alliés en 1951 de dénazifier le Walhalla familial. Ce que Wieland réussit de façon géniale. Mais les vrais génies meurent tôt. Ce qu’il fit. Wolfgang n’a eu que le génie de survivre à son frère… N’empêche qu’une telle longévité rétrécit le temps et rapproche les générations par-delà les siècles. Que l’on songe au fait que la veuve de Richard, une certaine Cosima, fille de Liszt, mourut en 1930, la même année que son propre fils Siegfried. C’est dire que les enfants Wieland et Wolfgang ont bien connu leur grand-mère qui a pu leur parler en détail de son époux et de Liszt. C’est ainsi que se forge une vraie tradition aux limites de l’inconscient et du conscient. Il vaudrait donc mieux y regarder à deux fois avant de rompre ce cordon ombilical, aussi encombrant soit-il, pour le remplacer par une administration financière sans âme et sans passions.

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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