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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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08 Mars 2008 - Une interview de Vesselina Kassarova



La mezzo Vesselina Kasarova sera en concert à Paris le 8 mars, en compagnie du Los Angeles Chamber Orchestra dirigé par Jeffrey Kahane, dans la série « Les Grandes Voix » du Théâtre des Champs-Elysées. Au programme : Mozart, Rossini, Haydn et Stravinski.

Au début de votre carrière, alors que vous étiez en troupe à l’Opéra de Sofia, vous avez chanté Rosine du Barbier de Séville, et Dorabella de Cosi fan tutte. Mozart et Rossini sont restés au nombre de vos compositeurs favoris. Si jeune vous aviez déjà une idée aussi claire de ce qu’allait devenir votre répertoire de prédilection ?

Rossini est un baume pour la voix et c’est pour cela que c’est un compositeur extrêmement important pour toute mezzo-soprano colorature. Il a composé de merveilleux rôles tous très différents les uns des autres: la Rosine du Barbier, Angelina de La Cenerentola, Isabella de L’Italienne à Alger, Tancredi et Arsace (Semiramide), etc. Mozart représente un défi, qui ne peut que nous faire progresser. Il nous pousse à avoir une réflexion en tant que musicien, ce qui fait qu’on apprend beaucoup de choses lorsqu’on le chante. Il y a toujours le danger pour de jeunes chanteurs de chanter des rôles dramatiques trop difficiles et c’est pourquoi Rossini et Mozart sont des compositeurs idéaux pour de jeunes chanteurs, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient faciles à chanter. Bien au contraire !

Racontez-nous vos années d’études : comment avez-vous découvert votre voix, avec qui avez-vous travaillé ?

J’ai étudié le piano dans un lycée avec un cursus musical dans ma ville natale Stara Zagora et je voulais devenir pianiste concertiste. Parallèlement j’ai toujours accompagné des chanteurs au piano. J’étais fascinée par cet instrument qu’est la voix : c’est l’instrument le plus difficile qui soit et le seul qu’on ne peut toucher de ses mains. J’ai également chanté dans un choeur, mais ce sont mes amis qui m’ont convaincue que j’avais une voix et que je devais m’essayer au chant.

L’occident vous a découvert grâce à l’enregistrement de La Dame de Pique qu’Emil Tchakarov enregistra pour Sony en 1988. Vous y incarniez avec un art assez saisissant de la composition les quelques mots de la gouvernante. Quel souvenir gardez-vous de votre travail avec Tchakarov, dans quelle atmosphère s’est-il déroulé ?

Lorsqu’on m’a proposé cette création, je n’étais encore qu’une étudiante à l’Académie de Musique de Sofia. Même si ce n’était qu’un tout petit rôle, cela a été un grand événement pour moi. Il est vraiment dommage qu’Emil Tchakarov soit mort si tôt. C’était un chef d’orchestre hors du commun qui avait une grande carrière devant lui.

Comment mesurez-vous le chemin parcouru depuis lors ?

J’ai eu beaucoup de chance, mais j’ai aussi dû travailler très dur. Alors que j’étais encore étudiante, Herbert von Karajan m’a invitée à Salzburg, ainsi que Ion Holender au Staatsoper de Vienne, puis à Milan et Londres. La transition des études à la scène s’est faite tout naturellement. J’ai pu faire de nombreuses expériences au sein d’un ensemble à l’Opéra de Zurich avant que mes activités internationales ne prennent le pas avec le Festival de Salzbourg, le Staatsoper de Vienne, etc.

Une œuvre semble particulièrement chère à votre cœur, La Clemenza di Tito. Vous avez tout d’abord chanté Anio, aujourd’hui vous êtes l’une des grandes interprètes de Sesto. Expliquez nous ce qui vous rend cette œuvre si proche.

Le livret de Metastase de La Clémence offre un drame parfait à tous points de vue. Et la façon dont Mozart l‘a mis en musique est tout simplement géniale. Le caractère de Sesto, ses sentiments et ses conflits sont traduits d’une façon si subtile, que la musique seule laisse tout entrevoir de ce personnage. Mais ce qui ressort avant tout, c’est tout l’amour de Mozart pour Sesto. Je suis convaincue qu’il se sentait très proche de ce rôle.

En dehors de Sesto, quels sont vos rôles favoris ?

J’ai un répertoire vaste qui va du baroque au bel canto en passant par les grands opéras français et il y a de nombreux rôles que je trouve personnellement très intéressants. Chez Rossini par exemple ce serait Isabella qui est plus complexe que Rosine ou Angelina. Charlotte de Werther de Massenet, l’un des opéras les plus concentrés au niveau dramaturgique, est également un de mes rôles préférés. Est ce n’est pas nécessairement tel ou tel rôle qui me rend heureuse : le travail est intéressant lorsque les collègues et que la mise en scène sont de qualité.

Selon vous quelles sont les grandes dates de votre carrière ? Quelles productions lyriques vous ont le plus marquées et pourquoi ?

Mes débuts au Staatsoper de Vienne pour le rôle de Rosine font très certainement partie des dates importantes pour l’essor de ma carrière. Autre moment important : mes débuts parisiens dans le rôle de Romeo dans I Capuleti e i Montecchi de Bellini en 1996 à Bastille, j’étais dans le Finale à ce point bouleversée —Juliette gisait, apparemment morte, au bas d’un escalier—que j’étais à deux doigts de ne plus pouvoir chanter. En tant que comédienne, je retiendrai surtout ma première prise de rôle de Sesto, dans une mise en scène de Karl-Enrst et Ursel Herrmann au Festival de Salzbourg. Ce sont eux qui m’ont réellement initiée au jeu. Et mes débuts à New York dans le rôle de Tancrède, sous la direction d’Eve Queler, au Carnegie Hall, sont pour moi inoubliables.

Parmi les chanteurs du passé, quels sont ceux qui vous inspirent ?

Maria Callas, Giulietta Simionato et Christa Ludwig. Mais je n’ai pas vraiment de modèles, je pense plutôt qu’on peut apprendre quelque chose de tout chanteur. Nous sommes tous uniques avec nos propres points forts.

Vous allez reprendre à Zürich le rôle de Carmen. Comment voyez-vous ce personnage, et sachant que vous avez déjà chanté la Charlotte de Werther voulez-vous poursuivre dans l’opéra français ? Si oui avec quels rôles ?

Ce qu’il y a de particulier avec l’opéra français, c’est qu’il propose de nombreux rôles pour mezzos parmi les plus intéressants. L’opéra Carmen est selon moi le plus populaire, parce que le conflit sous-jacent est essentiel : l’homme contre la femme. Carmen est bien sûr une femme « forte », une personnalité qui séduit Don José mais qui le détruit également. Il est primordial que l’interprétation porte en elle ce charisme. L’unique présence de Carmen doit lier Don José à elle. Par conséquent le chant doit être tout aussi empreint de sentiment que de nuances. Plus tard je vais également chanter Carmen au Staatsoper de Vienne, à Tokyo (en version concert) et au Deutsche Oper de Berlin. L’autre rôle de mes rêves est Didon des Troyens de Berlioz. Je me sens prête et espère pouvoir la chanter bientôt sur scène. En mai 2011 je chanterai ma première Dalila dans une nouvelle production de Samson et Dalila aux côtés de José Cura au Deutsche Oper.

Quels sont vos principaux projets au disque comme à la scène ?

Tout comme Philippe Jaroussky dans son CD tout juste paru, je vais consacrer mon prochain enregistrement au castrat Giovanni Carestini. A la différence de Philippe Jaroussky, je m’intéresserai plus particulièrement à son travail avec Haendel. J’ai cherché des arias que Carestini a chantés dans des opéras tels que Ottone, re di Germania, Arianna in Creta, Acis et Galatée, Il Pastor fido, Ariodante et Alcina. Parmi mes engagements futurs, à part mon rôle dans Carmen je chanterai les Kindertotenlieder de Mahler au Festival de Salzbourg en 2008, Mathilde di Shabran au Royal Opera House Covent Garden en octobre 2008, Isabelle dans une nouvelle production de L’Italienne à Alger au Teatro Real de Madrid (en novembre 2009), Ruggiero dans une nouvelle production d’Alcina au Staatsoper de Vienne en octobre 2010, Romeo dans I Capuleti e i Montecchi au Bayerische Staatsoper en mars 2011.

Comment avez-vous composé le programme du récital que vous donnez au Théâtre des Champs-Elysées ?

Le Los Angeles Chamber Orchestra souhaitait des arias de Mozart et Rossini, ce qui a rendu aisé le choix des morceaux. Nous sommes en tournée et je chante cinq concerts en huit jours. C’est très contraignant pour la voix, et le choix des arias en devient encore plus important.

Propos recueillis par Jean-Charles Hoffelé

(concertclassic remercie Ludmilla Stabowicz pour sa précieuse coopération)

Programme détaillé du Théâtre des Champs-Elysées

Photo : Wilfried Hösl

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