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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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18 Septembre 2007 - La Chronique de Jacques Doucelin

Tout n’est qu’une question d’homme



Faut-il respirer ? Dans ses dernières déclarations, la Ministre de la Culture s’est engagée en faveur de la construction du nouvel auditorium de plus de 2000 places, apparemment à La Villette, mais pose aussi des questions de bon sens. Christine Albanel fixe ainsi comme préalable une consultation des autres managers lyriques et musicaux de la capitale. De fait, de véritables états généraux de la musique seraient les bienvenus afin de consulter les responsables de salles, les musiciens professionnels – comités et délégués d’orchestres notamment – les directeurs musicaux (pas seulement les administrateurs !), les enseignants spécialisés, mais aussi ceux de l’enseignement général dépendant du Ministère de l’Education nationale.

Car il est grand temps que les deux administrations collaborent et coopèrent efficacement à la formation du jeune public. Tout se tient, en effet : pourquoi des artistes - et eux seuls – relevant du statut d’intermittents, ne pourraient-ils pas aider, en complément de leurs heures, à l’initiation des élèves du primaire comme du secondaire ? Ca ne serait pas succomber à l’utopie, mais seulement témoigner du plus évident sens pratique ! D’autre part, cette Philharmonie de Paris conçue comme une maison des orchestres parisiens comme de ceux qui seront de passage, ne pourrait-elle pas abriter l’administration de l’Orchestre Français des Jeunes ?

Nous disons administration à dessein, car il est bénéfique pour nos juniors que d’autres villes et d’autres institutions puissent accueillir leurs sessions d’été et d’hiver. Non, en musique, il n’est certes pas bon bec que de Paris. Lyon n’est pas seulement la capitale du théâtre parlé, elle compte aussi deux orchestres nationaux et le second Conservatoire National Supérieur de Musique, Toulouse affiche elle aussi avec le Capitole un Orchestre et un Opéra de réputation internationale. Et la liste n’est pas close.

Pour revenir à Paris, la rentrée symphonique a révélé l’excellente forme de ses deux principales phalanges. Si l’Orchestre de Paris a affiché salle Pleyel une insolente santé tant du côté de la petite que de la grande harmonie toujours aussi brillante dans la 4e Symphonie de Tchaïkovski, c’est la fusion des pupitres et la cohésion d’ensemble qui pèchent encore quarante ans juste après la création de la phalange de prestige de Paris par Charles Munch et Marcel Landowski. Et cela, c’est la responsabilité du chef et de lui seul.

Dès le lendemain au Théâtre des Champs-Elysées; on a d’ailleurs pu mesurer les résultats d’un vrai travail en profondeur avec l’ouverture de la saison de l’Orchestre National de France sous la direction de son patron Kurt Masur. Certes, tout le monde était techniquement au top, mais c’est un corps vivant, respirant à l’unisson au service de la seule musique, qui a accompagné de manière quasi fusionnelle le superbe Joshua Bell, trop rare à Paris, dans le Concerto pour violon de Mendelssohn, avant de s’imposer dans une 9e Symphonie de Dvorak d’anthologie. Comme quoi, tournez le comme vous voulez, tout n’est jamais qu’une question d’homme en musique comme dans tout. D’homme à sa juste place.

A ce propos, la France s’est-elle montrée « juste » – pas seulement reconnaissante – envers un musicien britannique qui a beaucoup servi la musique française partout dans le monde ? Et d’abord à Lyon où John Eliot Gardiner, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a créé l’orchestre de l’Opéra sous le règne de Louis Erlo et de Jean-Pierre Brossmann. Il vient de donner avec son ensemble baroque deux admirables soirées consacrées à la tribu des Bach à la Cité de la Musique avant de diriger en décembre L’Etoile de Chabrier en lever de rideau de la première saison de Jérôme Deschamps à l’Opéra Comique. Il sera cette fois à la tête de son Orchestre Révolutionnaire et Romantique, celui avec lequel il a réussi à réhabiliter totalement Les Troyens de Berlioz grâce à Jean-Pierre Brossmann au Châtelet. C’est lui aussi qui a redécouvert la fameuse Messe solennelle perdue de notre Hector national après avoir créé au Festival d’Aix l’ultime opéra de Rameau, Les Boréades, que la France avait tout simplement oubliées sans même prendre la peine de les jouer !

C’est auprès de la grande Nadia Boulanger que Sir John a contracté à Paris son amour de la musique française : il n’a eu de cesse de payer sa dette. Toute honte bue, l’Institut et singulièrement l’Académie des Beaux Arts s’honorerait de l’accueillir en son sein comme elle le fit naguère avec Rubinstein et Rostropovitch. Une idée à creuser, et à défendre, par Hugues Gall, nouveau membre de l’Institut.

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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