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02 Juillet 2007 - La Chronique de Jacques Doucelin

De l’entente du metteur en scène et du chef



A la dernière représentation du mémorable Pelléas et Mélisande de Debussy présenté en clôture de saison au Théâtre des Champs-Elysées, s’est produit un événement rarissime. Aux saluts, on a vu de nos yeux vu le metteur en scène Jean-Louis Martinoty remettre un bouquet de fleurs au chef d’orchestre Bernard Haitink. Certes, le grand maître hollandais venait de diriger, ce soir-là, sa dernière représentation d’opéra : âgé de 78 ans, il a, en effet, décidé de ne plus se produire qu’en concert. Mais le geste de Martinoty venait de plus loin et traduisait une profonde admiration pour l’art de Haitink.

On a le souvenir de réussites extraordinaires à l‘Opéra de Paris, à commencer par les fameuses Noces de Figaro de Mozart emblématiques de l’ère Rolf Liebermann, accouchées aux forceps, à coups de disputes mémorables entre Georg Solti et Giorgio Strehler : chef et metteur en scène se sont étripés avant d’aboutir à un chef-d’œuvre d’équilibre visuel et sonore qui leur a survécu plus d’un quart de siècle. Musicien, Martinoty est capable de faire lui-même des répétitions musicales comme Karajan ne se gênait pas pour réaliser des mises en scène d’opéra. Mais il sait aussi ne pas empiéter sur les prérogatives du chef. C’est qu’il s’agissait plus dans le cas des Noces d’une querelle d’ego surdimensionnés entre artistes d’une très grande culture, que de divergences dans la conception esthétique.

Combien de fois, en revanche, la mésentente entre chef et homme de théâtre a-t-elle abouti à des catastrophes monstrueuses ! Que ce soit dans le répertoire baroque ou romantique d’ailleurs. On a voulu imputer ces échecs retentissants à une actualisation abusive de l’action. Cela est totalement faux : ainsi a-t-on pu voir des œuvres de Haendel (d’Agrippine à Jules César en passant par Sémélé) transposées dans notre siècle pour le plus grand bonheur du public et pour le plus grand bien d’une action tellement embrouillée que plus personne ne peut plus rien y comprendre aujourd’hui. Cela étant posé, force est de reconnaître que depuis près de trois décennies, un quarteron de metteurs en scène venus du théâtre parlé et totalement incultes musicalement ont pris le pouvoir sur les plateaux d’opéra reléguant les chefs au rang de comparses à peine tolérés.

Ces gentils olibrius ont ainsi définitivement dégoûté de la fosse d’opéra les Giulini et autre Wolfgang Sawallisch en vertu de l’adage qui veut qu’il n’y ait pas de place pour deux crocodiles dans le même marigot ! Tout ça, parce que ces messieurs du théâtre parlé ne peuvent admettre, dans leur incommensurable vanité, cette chose simple et évidente à qui sait lire une partition, que le maître du temps (ou du tempo, si vous préférez) à l’opéra, c’est le compositeur représenté sur terre par le chef. Pour un Boulez qui ne cède pas d’un pouce et fait des merveilles avec Patrice Chéreau, la plupart des grandes pointures ont déserté la fosse. Ou alors, comme il faut bien gagner sa croûte, on a vu certaines baguettes – et pas des moindres – faire son cachet, la tête dans la partition, sans même regarder ce qui peut bien se passer là haut sur la scène…livrée aux fantasme des théâtreux.

Comme toujours, il y a ceux qui cirent les pompes. Les petits chefs qui veulent se faire bien voir et surtout ne pas manquer le dernier métro de la mode. Pour quitter cet univers d’élucubrations blêmes et de miasmes faisandés que d’aucuns s’emploient à faire passer pour de la mise en scène, et terminer sur des choses belles et sérieuses à la fois, revenons au Pelléas et Mélisande signé par Martinoty et le décorateur Hans Schavernoch au Théâtre des Champs-Elysées. Qu’ont-ils voulu faire et qu’ont-ils donc réussi ? A percer le mystère du chef-d’œuvre de Debussy qui tient dans cette contradiction : la vérité des notes et des corps amoureux contredisent constamment le mensonge des mots du livret. Trop simple sans doute pour les esprits tordus Mais encore faut-il trouver les images, les références esthétiques adéquates. Dans cette vérité révélée réside la force de ce spectacle qui jamais ne se déprend des notes lancées par le chef.

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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