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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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04 Décembre 2006 - La Chronique de Jacques Doucelin

Bonne chance Monsieur le Directeur !



Oui, bonne chance Monsieur le futur directeur : c’est ainsi qu’on veut saluer la nomination officielle, le week-end dernier, de Nicolas Joël, 53 ans et patron depuis quinze ans du Capitole de Toulouse, au poste de « directeur désigné » de l’Opéra National de Paris par le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres.

Signalons au passage une légère entorse à la procédure habituelle qui veut que le responsable de l’Opéra de Paris comme celui de la Comédie française soit nommé en conseil des ministres. Ni intention cachée, ni coup tordu, dans ce changement, nous a-t-on assuré de source sûre. Comme le stipulent les nouveaux statuts de l’Opéra de Paris élaborés par Hugues Gall, Joël va ainsi disposer de deux ans et demi pour engager chefs et chanteurs qui constitueront les distributions de ses futurs spectacles.

Il est nommé pour un double mandat de six ans, éventuellement complété d’un troisième de trois ans. Ce qui mènera Nicolas Joël jusqu’à ses 65 ans. Gerard Mortier a, pour sa part, été prolongé de six mois au delà de ses 65 ans pour lui permettre de terminer la saison 2008-2009, dont le ministre lui avait demandé d’assurer la programmation : cela participe d’une saine logique. Le passage de témoin devrait ainsi intervenir dans l’été 2009.

Si la désignation de Nicolas Joël, metteur en scène reconnu au plan international, ancien assistant de Jean-Pierre Ponnelle et de Patrice Chéreau, a réjoui tous ceux qui souhaitent « the right man at the right place », elle a provoqué des cris d’orfraie dans l’univers des bobos : peu soucieux des deniers de leurs compatriotes, ceux-ci confondent joyeusement festival et théâtre de répertoire. La première scène lyrique et chorégraphique française constitue, en effet, une entreprise de quelque 1.500 personnes appartenant à une trentaine de corps de métier, des danseurs aux éclairagistes, des musiciens aux couturières, qu’il faut administrer et faire collaborer en vue de l’élaboration de spectacles pour le moins complexes : autant dire que cela ne s’improvise pas.

Il vaut mieux avoir les nerfs solides ! Car, tel un volcan, l’Opéra de Paris est constamment travaillé par des forces contradictoires qui menacent sans cesse de provoquer une éruption. Déjà, et sans que cela ne puisse avoir aucun lien avec la nomination du successeur de Gerard Mortier, un préavis de grève a été déposé par les syndicats pour la soirée du 6 décembre ! Contrairement à leurs camarades du secteur privé qui risquent constamment leur emploi à cause de la mondialisation, les fonctionnaires de l’Opéra de Paris jouent volontiers à la « citadelle assiégée » en pratiquant le chantage à la grève pour obtenir toujours plus d’avantages acquis.

Gerard Mortier n’a pas échappé à la « malédiction » comme le chante Verdi : il a simplement tenté de la conjurer en cédant tout de suite, c'est-à-dire en refusant l’affrontement. Cela ne dure qu’un temps qu’il croit le mener jusqu’à sa retraite, ce en quoi il se trompe lourdement. Car les syndicats de l’Opéra de Paris ne sont pas « de gauche » (même caviar !), ils sont « corporatistes ». Parmi les joyeusetés de l’Opéra, entre autres « primes », il y a celle accordée naguère – on ne sait même plus par qui aujourd’hui et cela n’a d’ailleurs strictement aucune importance –, censée dédommager les musiciens de devoir porter le frac dans la fosse dont il faut quand même savoir qu’elle est climatisée…. Ne vous pincez pas : c’est dur d’être en habit et en « nœud pap’ ».

Plus dur qu’en habit de pompier ou d’urgentiste ambulancier… Bref, l’autre jour, ces messieurs dames de l’orchestre ont demandé à M. Mortier de tomber la veste et la cravate de cérémonie : accordé ! Mais attention, ils ont gardé leur prime !! Ce qui veut dire que s’il prenait à Nicolas Joël de rétablir le port de l’habit dans la fosse, il lui faudrait consentir une nouvelle…prime !

C’est pourquoi nous souhaitons bonne chance au successeur de Gerard Mortier ! Car ce dernier a beau jouer habilement des chiffres, ses salles sont loin d’être pleines : tout le monde peut le constater. Il y a donc une moins-value de recettes propres qui va se répercuter sur l’héritage et l’héritier. C’est pourquoi ce dernier aura tout intérêt à commander un audit détaillé et à s’entourer d’experts financiers avisés avant de prendre les rênes de l’Opéra. Et on lui souhaite bonne chance quand même pour ce qui risque fort de n’être pas une partie de plaisir !

Jacques Doucelin

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Photo : DR


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La Chronique de Jacques Doucelin

Bonne chance Monsieur le Directeur !

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