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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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06 Avril 2006 - La Chronique de Jacques Doucelin

Trêve des confiseurs et langue de bois


Chaque année, la trêve des confiseurs éloigne les musiciens de la capitale à l’instar des mélomanes. Ils font leurs Pâques en famille eux aussi. Et les salles de concerts se reposent. Ce paisible silence ne pourrait-t-il être l’occasion de dire, sans langue de bois, quelques vérités qui font peur à ceux qui s’arc-boutent frileusement sur des avantages, certes parfois durement acquis, mais qui sont devenus au fil des ans et des dérives diverses d’authentiques privilèges? Car le monde musical français n’échappe pas à nos travers nationaux qui font que chaque catégorie sociale a pris l’habitude de ne vouloir renoncer à rien. Or, en toute amitié et sincère admiration pour la façon dont ils exercent leur art, il faut dire aux musiciens français qu’ils n’appartiennent pas à la catégorie la plus défavorisée du pays : au-delà du réalisme, c’est tenter de leur éviter les pires désillusions pour l’avenir proche.
Eux qui voyagent si volontiers et portent le renom de leur pays au-delà des frontières, savent parfaitement ce que pensent leurs collègues étrangers, notamment anglo-saxons : nulle part ailleurs, la culture n’est subventionnée au niveau atteint en France. S’il n’est pas question de le regretter - c’est au contraire un formidable levier d’action socioculturelle lorsqu’on sait s’en servir – il ne faut pas s’imaginer que les moyens financiers dégagés par l’impôt des Français va permettre d’augmenter indéfiniment cette manne. Bien au contraire.

Ainsi l’Orchestre de Paris aurait bien tort de croire que sa situation va s’améliorer d’un coup de baguette magique grâce à son retour salle Pleyel et à la réduction de 35% sur ses abonnements. Une politique saine de renouvellement du public n’est pas une question de marketing ou de braderie de ses tarifs. Il n’évitera pas d’aller vers les nouveaux publics et cela pour deux raisons principales. D’abord financière : c’est aussi à l’orchestre de susciter des recettes nouvelles en se produisant davantage. Est-il normal qu’il se contente de jouer deux fois chaque programme dans son lieu de résidence? Même une entreprise publique a une obligation de rentabilité, c'est-à-dire, en matière culturelle, le nombre d’auditeurs touchés par rapport à la subvention des tutelles. C’est bien évidemment ce que regarde de près, et avec raison, le ministère des Finances.

Seconde raison : pour étoffer son public, il lui faudra jouer au moins une fois de plus chaque semaine (sans supplément salarial !) en grande banlieue – c’est un devoir social – et probablement ouvrir une répétition aux enfants des écoles (tache largement entamée) pour les initier et former ainsi le public de demain qui seul pourra justifier le maintien de la subvention en son état actuel. Telle est la rançon du fonctionnariat auquel a accédé l’Orchestre de Paris à sa création en 1967 lorsqu’il a cessé d’être une association de concerts, en l’occurrence la Société des Concerts du Conservatoire. Car justement, l’Etat comme la Ville de Paris vont devoir se préoccuper du sort des trois autres associations de concerts dominicaux – Colonne, Lamoureux et Pasdeloup – qui malgré tous leurs efforts et l’abnégation de leurs musiciens, ont le plus grand mal à survivre même si un nombreux public leur demeure fidèle. Preuve qu’il y a aussi une musique classique vivante à deux vitesses en France!

Autre raison, et majeure, de partir à la recherche de son futur public pour l’Orchestre de Paris, c’est tout simplement la perspective, désormais officielle, de s’installer en 2012 dans une salle de 2.500 places à La Villette. S’il ne réussit déjà pas à remplir Pleyel (1.900 fauteuils), à fortiori le grand auditorium dont la construction n’apparaîtrait plus dès lors comme une nécessité absolue à la République. Tout se mérite dans la vie. Souhaitons que son prochain retour à Pleyel lui redonne l’esprit pionnier qui fut celui de Charles Munch, et ne l’endorme pas dans le ronron de la routine. Mais à politique nouvelle, responsables nouveaux. Parfois, la vérité fait mal, mais elle réveille. Elle est préférable à la pratique mortifère de la langue de bois qui prépare insidieusement le malade à l’administration de la dose mortelle.

Jacques Doucelin

Lire les précédentes Chroniques de Jacques Doucelin :
- Opéra de Paris : vers un divorce entre le public et le directeur
- Bravo pour la nouvelle salle ! Reste à former le public
- Le monde lyrique menacé de schizophrénie.
- A nouvelle année, nouveaux visages
- Couacs dans l’année Mozart !
- Enfin un auditorium à Paris !

Photo : DR

      LES UNES DE AVRIL 2006   
 

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