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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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20 Février 2006 - Feuilleton Mozart (2) : 1774, un jeune homme romantique


En 1774, Mozart a 18 ans. Aujourd’hui, il serait majeur et bientôt amoureux. Quoi de plus normal. Ca n’est pas encore l’envol de l’aigle – d’ailleurs l’image ne colle pas avec son être profond. Il part pour Munich où le Prince-Electeur lui a commandé La Finta giardiniera (1). L’ivresse des mondanités passée, il faut regagner Salzbourg. Mais l’esprit du temps en pleine révolution bouleverse par-delà les montagnes tout ce qui travaille avec sa tête et son cœur. Comment pourrait-on rester de marbre dans ce monde germanique où retentit soudain le coup de révolver qui marque la naissance du romantisme européen ? Je veux parler du suicide de Werther, héros romantique par excellence, dont le roman par lettres - Les souffrances du jeune Werther - est publié en 1774 par Goethe, à 25 ans. Le poète y exorcise ses propres démons et ses peines d’amour perdu. On imagine mal aujourd’hui, dans le brouhaha médiatique, l’écho mortifère de cette confession du plus grand écrivain allemand, qui s’est répandue comme une traînée de poudre sans le recours à la presse people ! Car il entraîna une épidémie de suicides dans toute l’Europe auprès de laquelle les évanouissements de nos minettes devant les singeries de leurs idoles de la « StarAc » sont de la roupie de sansonnet.

C’est, outre-Rhin, l’époque du Sturm und Drang (d’après la pièce Tempête et passion) qui servit de porte drapeau à toute la jeunesse en rupture de ban avec le rationalisme et le rococo. Même la perruque de Joseph Haydn en fut ébouriffée ! L’oreille ultra sensible de Mozart percevra ce changement de sensibilité chez son aîné à travers ses nouveaux quatuors. Et vous voudriez que Wolfgang reste impassible, continuant à écrire des guirlandes de musique galante ? Et surtout qu’il moisisse dans cet archevêché crotté, ainsi qu’il juge celui de Colloredo ! Comme son presque jumeau Goethe, Mozart a 20 ans à l’heure où l’Europe s’éveille au romantisme.

C’est alors qu’en janvier 1777, pour ses 21 ans, une étoile du piano français traverse le ciel salzbourgeois. En plus, c’est une femme, Mlle Jeunehomme, que Wolfgang écrit « Jénomé » quand il informe son père, l’année suivante, qu’il l’a croisée dans Paris où il cherche vainement fortune. Désir de briller, de séduire une dame : sans doute. Mais Mlle Jeunehomme révèle aussi à Mozart les dernières tendances du goût parisien où affleure, là aussi, une nouvelle sensibilité qui virera bientôt, des deux côtés du Rhin, à la « sensiblerie ». C’est assez pour provoquer l’explosion de sève mozartienne : il dédie à sa nouvelle amie son 9e Concerto pour piano. Rien que la tonalité de mi bémol majeur est signe d’élan et de confiance en soi. Il serait vain d’y chercher comme chez Chopin des confidences amoureuses. En toute innocence, Mozart cherche toujours à se plaire à lui-même : il est son premier public, perfectionniste et enthousiaste.

N’empêche qu’avec ce Concerto, le grand Mozart est né. La preuve qu’il compte pour lui, c’est que quatorze ans plus tard, cherchant un thème nocturne pour exprimer le trouble du désir chez Monostatos, dans le second acte de La Flûte enchantée, il reprend le finale de ce Concerto ! Mozart ne cite jamais que ce qu’il considère comme ses chefs-d’œuvre. La chrysalide se fissure : le musicien est parvenu à la parfaite maîtrise, même si l’homme reste d’une désespérante naïveté. Son père le premier a compris que Wolfgang doit faire sa situation ailleurs. Il se démène en intrigues secrètes et réussit à bâtir cette énorme tournée en Allemagne et à Paris. Reste à obtenir un congé du Prince-archevêque qui ne rêve que de maintenir Mozart dans une situation subalterne. Dans un premier temps, il congédie père et fils avant de se raviser et de garder Léopold en otage. Celui-ci est piégé : il ne peut servir de coach à son fils. C’est son épouse qui accompagne le frêle papillon sur les routes d’Europe. La correspondance aigre-douce entre le père qui tente par lettres de cornaquer son rejeton et ce dernier, occupé dans ses missives à dissimuler ses échecs successifs, est édifiante : le séjour à Paris fait un flop. Mozart n’y trouve aucun emploi, car son talent suscite la jalousie.

On connaît le mot atroce de Léopold dans une épître au maître ès double jeu qu’est le baron Grimm : « je souhaiterais à mon fils la moitié moins de talent et deux fois plus de raison. » Couronnement de ses malheurs : sa mère meurt et est inhumée à Paris, le 4 juillet 1778 après des obsèques à Saint-Eustache. Il faut rentrer penaud à Salzbourg pour y ronger son frein encore deux ans avant de repartir à la conquête du monde.

Jacques Doucelin

Prochain feuilleton Mozart : Viva la liberta !

(1) Ce délicieux ouvrage où le grand Mozart se révèle déjà dans nombre d’airs sera à l’affiche en région parisienne, à Saint-Quentin (Théâtre : 23 et 24 février), au Théâtre Silvia Monfort (75015-Paris : 26, 27 et 28 février), à Nanterre (Maison de la Musique : 24 et 25 mars) et à Cergy (Théâtre des Arts : 28 et 29 mars). Renseignements à Arcadi : 01.55.79.00.00. Lire l'article d'Alain Cochard sur La Finta giardiniera

Feuilleton Mozart (1) : L’enfant de l’Europe

Tous les concerts Mozart

Photo : DR


      LES UNES DE FÉVRIER 2006   
 

La Chronique de Jacques Doucelin

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Feuilleton Mozart (2) : 1774, un jeune homme romantique

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