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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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15 Janvier 2006 - Feuilleton Mozart (1) : l’enfant de l’Europe


Les années d’apprentissage d’un jeune génie

Que n’a-t-on pas dit sur le compte du malheureux Léopold, père abusif de Mozart, dont l’influence aurait pesé lourd dans le naufrage que fut la vie de son rejeton ? Certes, il n’y a pas de fumée sans feu et certaines lettres du père au fils témoignent avec une cruelle éloquence des zones d’ombre qui entachent leurs relations.

Je pense à cette épître de 1778 durant le si difficile second séjour de Wolfgang à Paris où Léopold va jusqu’à lui réclamer le remboursement de la dette qu’il a contractée à Salzbourg pour payer le voyage à travers l’Europe du fils et de la mère. Ou encore aux paternelles admonestations, deux ans plus tard, lorsque Wolfgang se laisse prendre dans les rets de la tribu Weber dont la mère, véritable Frochard, l’attire chez elle avant de l’accuser d’avoir déshonoré sa cadette qu’elle avait précipitée dans ses bras: qu’il paie ou qu’il épouse ! On sait l’attitude à la fois chevaleresque, naïve et penaude de Wolfgang : contre l’avis du père, il s’installe à Vienne et épouse Constance. Curieuse façon de se libérer de la tutelle paternelle et de celle de l’archevêque de Salzbourg Colloredo que de se mettre soi-même un boulet au pied.

Devant ce type d’erreur que Mozart ne cesse de répéter tout au long de sa courte vie, on comprend mieux l’exaspération du père qui y lit l’échec, au moins partiel, de l’éducation qu’il donna à sa progéniture. Que Léopold se sente humilié ne fait aucun doute. S’il se montre injuste, s’il écrit des horreurs auxquelles Wolfgang ne répond d’ailleurs pas - en ce cas, il botte toujours en touche ! – c’est qu’il est atrocement malheureux. Car il connaît son fils mieux que personne : ses faiblesses humaines comme l’évidence de son génie musical. S’il est un domaine où la réussite du père est totale, c’est bien dans celui de l’accouchement du génie de son fils. Car le don n’est rien sans la science. Et là, Léopold n’a rien négligé : avec quelle humble et généreuse perspicacité, il a compris que son fils le dépassait et qu’il devait impérativement lui trouver d’autres maîtres. Et les meilleurs.

Alors qu’on ne dise pas que les voyages des enfants Mozart n’étaient que péché d’orgueil d’un père gagnant de l’argent en exhibant ses petits singes savants ! Quand à la Cour de Versailles, les sœurs de Louis XV fêtent Wolfgang, quand les nobles anglais ou allemands lui offrent des bijoux, il s’agit d’abord d’établir sa réputation dans l’Europe entière pour préparer son avenir. Mais aussi de récolter les moyens de son éducation. D’où ses longs séjours en Italie où il deviendra notamment maître ès contrepoint auprès du Padre Martini, l’équivalent dans l’Europe du XVIIIe siècle de notre Nadia Boulanger au XXe. Quelle émotion saisit toujours le visiteur qui découvre dans le couloir d’entrée du Conservatoire Martini de Bologne le portrait de Mozart, son élève le plus fameux!

Sans parler de ses expériences de compositeur d’opera seria. Surtout, en apprenant à parler et à écrire quatre langues, Mozart prend la dimension de l’Europe qui devient sa patrie. Il lira Beaumarchais pour composer Les Noces de Figaro et Molière pour Don Giovanni. Mozart, c’est l’enfance de l’Europe. Celle de l’esprit qui a précédé de deux siècles celle des marchands.

Jacques Doucelin

Bibliographie :
Jean et Brigitte Massin (Fayard)
Jean-Victor Hocquard : La pensée de Mozart (Seuil) ; Mozart, l’amour, la mort (J.C. Lattès)
H.C. Robbins Landon : Dictionnaire Mozart (Fayard)
Geneviève Geffray : La correspondance de Mozart (Flammarion)

Feuilleton Mozart (2) : 1774, un jeune homme romantique

Tous les concerts Mozart

Photo : DR


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