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16 Septembre 2002 - L’ascétique beauté du Chant de la Terre mis en scène par Yoshi Oïda


Composé entre 1907 et 1909 dans des circonstances tragiques (perte d’un enfant, découverte d’une maladie du cœur incurable et abandon de la direction de l’Opéra de Vienne), le Chant de la Terre de Gustav Mahler compte parmi les chef-d’œuvres absolus de la musique occidentale. Cette symphonie lyrique basée sur d’anciens poèmes lyriques chinois traduits par Hans Bethge et édités sous le titre de La flûte chinoise ne comporte pas de trame narrative et n’a donc a priori aucune raison, quoi qu’en dise Placido Domingo qui ne fait à ce jour pas encore autorité en matière « mahlérienne », d’être mis en scène.

En partant de l’une des circonstances (la mort de Maria Mahler) de la composition et de l’arrière-fond chinois des poèmes, le chef d’orchestre David Stern et le metteur en scène Yoshi Oïda (photo ci-dessus) se sont pourtant sentis obligés, vraisemblablement sous l’influence de Placido, non seulement de mettre en scène le Chant de la Terre mais aussi d’inscrire les différents Lieder le composant dans une configuration narrative plus large (père et mère se retrouvent à l’occasion de la cérémonie funéraire de leur fille). Soit un parti pris pour le moins saugrenu, totalement inepte mais dont le résultat tient paradoxalement ses promesses, du moment que l’on abandonne définitivement l’idée d’assister à une représentation du …Chant de la Terre. Saccadée par des intermezzo scéniques (à moins que les Lieder forment des intermezzo lyriques ?), privée de sa luxuriante orchestration au profit de la très peu convaincante version chambriste Schoenberg/Riehn, la symphonie lyrique mahlérienne ne se livre en effet pas sous son meilleur jour, bien que les interprètes et le chef semblent visiblement inspirés par la chose hybride qu’ils nous proposent.

Cette production tient ses promesses pour la simple raison que le travail d’Oïda, d’une ascétique beauté, ne fait à aucun moment « écran ». Il est au contraire d’une remarquable retenue servant son propos, quelle qu’en soit la pertinence, avec justesse. Le souvenir ému de la production Stern/Oïda de Curlew River présenté il y a quelques années à Aix et aux Bouffes du Nord nous fait regretter que ce tandem n’ait pas poursuivi le cycle des paraboles d’église de Britten, œuvres, qui contrairement au Chant de la Terre (l’original, pas la version remix), ne sont que trop rarement représentées.

Erik Verhagen

Le 13 septembre au Théâtre de la Ville à Paris. Le 23 mars à Vitry-sur-Seine, le 29 avril au Théâtre de Sartrouville

Photo : DR

      LES UNES DE SEPTEMBRE 2002   
 

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