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Comment définir le dernier opéra de Mozart ? Oratorio maçonnique, féerie initiatique, geste enfantine, succession de tableaux ésotériques à la manière d'un jeu de tarot ? On ne cesse en vérité de souligner la fascinante unité de l'ouvrage créé en 1791, qui accorde mieux qu'ailleurs, le populaire et le savant, le symbole et l'action, le visuel et le musical. Il est vrai que le rapport entre texte et musique y atteint un équilibre idéal tant Mozart a soigné sa partition. Est-ce lié au sujet ? Déjà ce "sérieux à l'œuvre" avait paru avec la même intense sensibilité dans "Thamos, roi d'Egypte" dont le musicien donna deux versions successives en 1773 puis 1779. Déjà, paraissait ce même renversement dramatique, démêlant le jeu trompeur des apparences simplistes : un vieillard maléfique se révélait être un sage initié aux mystères antiques, une reine solennelle s'avérait être l'ange des puissances du mal. La Flûte qui fut créé avec la collaboration de l'homme de théâtre Shikaneder (auteur du livret) qui jouait le rôle de Papageno, est davantage qu'une histoire magique qui parle à notre imaginaire. Elle contient toute l'énergie de Mozart en proie au doute, aux crises de la dernière période, à une "maturité" interrogative et sombre, alors que parvenu au soir de sa trop courte vie, il n'a que 35 ans.
L'année 1790 fut marquée par des déceptions et des échecs : la mort de l'Empereur Joseph II, commanditaire de l'opéra "Cosi fan tutte", et qui fut toujours bienveillant, se révèle catastrophique. Les commandes se raréfient à mesure que les dettes étranglent le compositeur. Sa santé fragile décline. Frappé par ces difficultés, il ne tarde pas à sombrer dans l'amertume et la dépression. Pourtant, son génie artistique paraît transcendé par un feu divin. La dernière année, 1791, voit plusieurs chefs d'œuvre : le concerto pour piano K 595, celui pour clarinette, le Requiem et deux opéras, "la Clémence de Titus" et "La Flûte". La crise semble stimuler son inspiration, et l'art tel un rempart contre la mort, produit d'ultimes apaisements salvateurs. Le génie de Mozart semble apporter dans le cas de "La Flûte", une réponse visionnaire : sur le sujet d'un mythe maçonnique, le musicien a l'idée foudroyante d'édifier une forme musicale inédite, absolument neuve, un "singspiel", incluant des dialogues parlés, à la fois fantastique et populaire, héroïque et comique, dont l'humanité du style suscitera avec raison l'enthousiasme du public dont Goethe, d'autant plus exigeant comme homme de théâtre et comme franc-maçon.
L'ultime drame lyrique de Mozart est à l'affiche de plusieurs théâtres. A Paris, au Palais Garnier, tout d'abord, avec entre autres Barbara Bonney dans le rôle de Pamina. La mise en scène est signée : Benno Besson, et le chef suisse Armin Jordan dirigera la fosse (du 6 juin au 6 juillet).
Quelques jours plus tard, à partir du 15 juin précisément, l'Opéra national du Rhin présentera sa Flûte enchanteresse dans un nouveau dispositif coproduit avec le festival de Schwetzingen : chœurs de l'Opéra national du Rhin, orchestre philharmonique de Mulhouse, direction musicale : Jan Willem de Vrient. Achim Freyer règlera mise en scène et décors (du 15 au 4 juillet).
Enfin, les festivals de cet été ne sont pas en reste. Avant Salzbourg qui produira l'ouvrage du 29 juillet au 27 août (Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Bertrand de Billy avec côtés solistes, Simon Keenlyside : Papageno, et Barbara Bonney dans le même rôle qu'à Garnier : Pamina), ce sont les Chorégies d'Orange qui proposeront une nouvelle mise en scène de l'opéra de Mozart signée Gilles Bouillon. Chœurs et l'orchestre Philharmonique de Radio France. Distribution : Soile Isokoski, Sumi Jo, Rene Pape, Jorma Silvasti. La soirée du 9 juillet sera retransmise en direct sur France Musiques.
Akexandre Pham
La Flûte enchantée en DVD
Photos : DR
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