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Le chef Nikolaus Harnoncourt a souligné combien l'unique opéra de Beethoven était singulier dans l'histoire de l'opéra. Singspiel, soit l'équivalent germanique de l'opéra comique français, comprenant airs chantés et dialogues parlés, "Fidelio", est une partition atypique sans précédent et sans suite sur le plan musical. L'ouvrage est d'ailleurs plus un oratorio qu'une action dramatique. Pas de héros mythologiques, pas de scènes collectives ni de batailles mais une pièce psychologique plus grave qu'il n'y paraît dont l'enseignement philosophique célèbre la force irrésistible de l'amour. Le pur et noble amour vainc souffrance et injustice : il est une force qui s'insurge contre la loi de la tyrannie et de l'oppression. Fidelio demeure un ouvrage concentré sur les figures individuelles du couple "élu", Leonore/ Florestan. Mais le personnage de leur geôlier, Rocco, est aussi particulièrement fouillé.
La musique, omniprésente, illustre l'énergie de Beethoven, très impliqué dans la composition d'une partition nourrie d'idéalisation et de sublimation. La première fut un échec retentissant, plutôt boudé par un public viennois alors crispé par l'occupation napoléonienne. Soucieux de perfection, Beethoven remania, coupa. Et l'opéra passa de 3 à 2 actes. Une troisième et dernière version verra le jour le 23 mai 1814, toujours à Vienne suscitant cette fois, un succès légitime. Le thème du rôle travesti, ici la fidèle Léonore devenu "Fidelio" dans la prison où est incarcéré son mari, Florestan, est un héritage des opéras baroques. Mais le ton est résolument différent. La noblesse morale est ici défendue par un Beethoven habité par le souffle de l'humanisme post révolutionnaire qui place le destin de l'individu au dessus de la tyrannie bourgeoise.
Ainsi, à la figure diabolique et sournoise du gouverneur de la prison, Pizarro, emblème despotique, correspond l'humanité du geôlier Rocco, la tendresse de sa fille Marcelline (éprise de "Fidelio"/Leonore déguisé en homme), Florestan injustement emprisonné et bien sûr, Leonore, icône du sacrifice conjugal. L'air du cachot, "Gott -Welch Dunkel hier!", souligne la nuit profonde où sombre Florestan, abandonné à son désespoir. Beethoven y peint l'horreur produite par la barbarie du despotisme, ce que reprendra Puccini dans le personnage de "Mario Cavaradossi" pour sa "Tosca".
Sombre, parfois tragique et lugubre, l'opéra de Beethoven s'achève pourtant dans la joie qui voit le triomphe de l'amour conjugal et de la justice. Retrouvez pour 2 dates, les 16 puis 18 juin, les protagonistes de l'unique opéra de Beethoven au Grand théâtre de Reims. Sous la direction du chef Jean-Yves Ossonce, l'orchestre du Grand théâtre de Reims accompagnera un plateau de solistes qui présente plusieurs atouts dont le Rocco de Gregory Reinhardt et le Jacquino d'Etienne Lescroart. La mise en scène quant à elle est signée Albert Lheureux.
Grand Théâtre de Reims les 16 et 18 juin 2002.
Alexandre Pham
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