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La saison 2001-2002 du Théâtre des Champs-Elysées s’achève. Avant de fermer ses portes, le TCE propose au public parisien une œuvre que Richard Strauss considéra d’emblée, au moment de sa création, comme l’un des sommets de l’art lyrique : Falstaff, l’ultime opéra de Giuseppe Verdi, créé en 1893 à la Scala de Milan, alors que le compositeur fêtait la même année ses quatre-vingts ans.
Nombreux sont ceux qui ont souligné la vitalité, l’énergie et la verve qui se manifestent, explosives, dès l’accord initial, et imprègnent l’ensemble d’une partition écrite par un homme si âgé. Ce qui est également remarquable dans cet ouvrage est la manière dont Verdi sut renouveler son écriture, après le coup de maître d’Otello (1887). Le choix du livret est tout d’abord exceptionnel dans l’œuvre de Verdi, puisqu’il s’agit d’une comédie inspirée des Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare : Arrigo Boito, le librettiste, décida de mettre l’accent sur le personnage de sir John Falstaff, surnommé « le Ventru », et sur ses mésaventures avec les femmes. Pour la première fois depuis cinquante ans et l’échec d’Un Jour de Règne, Verdi optait pour une pièce comique, qui se termine sur la célèbre fugue : « Tout dans le monde n’est que plaisanterie ». Il réussit aussi à s’écarter de la forme dramatique qu’il avait créée dans les précédentes décennies, et adopta une écriture personnelle, tout à fait indépendante des modes de l’époque, en donnant une place fondamentale à l’orchestre, sans pour autant céder à l’influence du drame germanique, plus instrumental que l’opéra italien. Cette importance de l’orchestre explique par ailleurs pourquoi tant de grands chefs ont dirigé et dirigent aujourd’hui Falstaff : Karajan, Bernstein, Sabata, Toscanini, Abbado, Gardiner…
Le TCE reprend à Paris la production du festival d’Aix-en-Provence présentée en juillet 2001, et saluée par la majeure partie de la critique. Le public retrouvera donc le chef Enrique Mazzola, qui avait remplacé Esa-Pekka Salonen, et s’était fait remarquer pour la qualité de sa direction et sa musicalité, si essentielles dans cette œuvre ; il dirigera l’Orchestre de Paris, dont il avait si bien mis en valeur les qualités instrumentales l’an dernier. La mise en scène d’Herbert Wernicke (disparu brutalement en avril 2002), qui avait voulu débarrasser la pièce de tous les oripeaux encombrant traditionnellement les personnages et la scène, sera reprise par Dagmar Pischel. Enfin, les mêmes interprètes qu’au festival d’Aix incarneront l’ensemble des personnages de l’opéra, autour du remarquable Willard White (photo ci-contre) dans le rôle-titre. Tout est par conséquent rassemblé pour que la saison se conclue en apothéose.
Théâtre des Champs-Elysées, les 11, 14 et 16 juin.
Christophe Corbier
Photos : Elisabeth Carecchio
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