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Concertclassic.com :
Dans quelle veine musicale s'inscrit exactement "Les Femmes vengées" de Philidor que vous données en ce moment ? Quelles seraient les autres partitions antérieures dont "Les Femmes vengées" sont comme
une " suite "?
Hugo Reyne :
François-André Philidor (1726 - 1795) fut l'un des créateurs de l'opéra
comique français. C'est avec "Blaise le Savetier" en 1759 qu'il donna son premier opéra comique au Théâtre de la Foire Saint-Germain. Il en composa bien d'autres comme "Le Jardiner et son Seigneur", "Le Maréchal Ferrand", "Sancho
Pança", "Le Sorcier", et bien sûr, "Tom Jones" .... "Les Femmes Vengées" (1775) constitue l'un de ses derniers chefs-d'oe¦uvre écrit avec le librettiste plein d'esprit Michel-Jean Sedaine avec lequel il a créé plusieurs autres ouvrages notamment à ses débuts.
CC.COM : Quelle en est l'histoire? Les personnages principaux ?
H.R. : Cet opéra comique est basé sur un conte de La Fontaine "Les Rémois". La
scène se passe dans l'atelier d'un peintre à Reims (et pourrait se situer
dans toute ville bourgeoise de province). Deux des principaux notables de la
ville font une cour ardente autant que pressante et simultanée à "madame
Riss", femme de l' artiste peintre. Comment va-t-elle répondre à leurs
hommages ? De la manière la plus inattendue : elle convoque les épouses
respectives des deux séducteurs pour leur en révéler l'inconduite et
proposer un plan de vengeance. Elle invitera les infidèles à souper chez
elle, les assurant de l'absence de son mari. Celui-ci, de connivence avec sa
femme, surviendra avant le repas, obligeant les deux magistrats à se
réfugier dans un cabinet voisin. C'est de cette cachette qu'ils verront,
sans rien oser, de peur d'être démasqués, leurs conjointes souper à
leurs places et . succomber aux charmes du peintre.
Cet opéra fut censuré dans certaines villes.
Il y a donc 6 personnages : 3 couples (Mr& Mme Riss, Le Président et La
Présidente, Mr & Mme Lek)
CC.COM :Sur le plan musical, quels sont les caractères du style de Philidor ?
H.R. : Il faut savoir que Philidor était un éblouissant joueur d'échecs qui s'était
fait une réputation à l'échelle de l'Europe. Je pense que cette science des
échecs est en relation avec son talent de compositeur et notamment au niveau
des richesses harmoniques . La construction, l'architecture de ses oeuvres,
l'instrumentation de ses airs sont dignes d'une partie d'échecs magistrale. Il
manie avec une extrême habileté duos, trios, quatuors et même sextuor
dans cet opéra des "Femmes Vengées". F.A. Philidor est dans ce sens un génie
qui vole plus haut que Grétry. Certaines de ses tournures font nettement
penser à Mozart qui viendra plus tard et qui a bien sûr écouté Philidor
lors de sa venue à Paris. D'ailleurs Grimm qui faisait office de guide à
Mozart disait de Philidor qu'il était le seul qui sache faire de la musique
en France.
CC.COM : Depuis quelques mois on assiste à une sorte de "revival" du genre comique à l'opéra : "Le mariage secret" au TCE par C. Rousset, plus près de nous à nouveau
au TCE, "La serva padrona" de Pergolèse... comment expliquer cet engouement?
Et selon vous, quel serait l'enseignement philosophique du genre derrière la
"drôlerie de façade" ?
H.R.: En effet, le public parisien peut voir en ce moment des opéras comiques
italiens auxquels il ne comprend pas grand chose du fait de la langue. C'est
exactement la même chose qu' il y a exactement 350 ans lorsque a retenti
la Querelle des Bouffons (1752). Je crois que le public appréciera beaucoup
plus l'opéra comique français avec ses récitatifs parlés plutôt que l'opéra
bouffe italien avec des arias da capo interminables et ses récitatifs d'une
grande pauvreté. Il est incroyable qu'on ne propose pas plus souvent le
véritable opéra comique français qui représente ce que le Siècle des
Lumières a produit de plus spirituel. Mais nous sommes en France où, au
théâtre, on aurait pas l'idée d'aller voir une pièce italienne dans sa
version originale alors qu'on apprécierait un Marivaux. Par contre, à
l'opéra on acceptera n'importe quelle mauvais livret italien car il sera
chanté. En fait, je pourrais dire plus positivement, que le public aura le
même plaisir en allant voir "Les Femmes Vengées" qu'en allant voir une pièce
de théâtre de Marivaux mêlée d'airs dignes de l'opéra italien. J'espère
qu'il en aura même plus car Sedaine et Philidor ont créé là un chef d'oeuvre
qui préfigure "Cosi fan Tutte" du tandem Da Ponte - Mozart.
CC.COM : L'histoire s'inspire des "Rémois" de Jean de La Fontaine. Connaît on
d'autres oeuvres du poète/écrivain portées à la scène lyrique ou adaptées en
musique ?
H.R. : Oui, en effet, un demi siècle après, les Contes ou les Fables de La Fontaine
ont inspiré les librettistes d'opéras comiques : par exemple "Blaise le
Savetier" que nous avons déjà cité mais aussi "L'huître et les plaideurs"
également de Sedaine & Philidor (1759) inspiré d'une fable, "Les Troqueurs" de
Vadé et Dauvergne (1753),. etc.
CC.COM : Quels sont vos projets pour cet été? Au disque, au concert ?
H.R. : Nous allons nous attaquer comme chaque année à un ouvrage de Lully dans le
cadre également de notre aventure discographique "Lully ou le musicien du
Soleil" (Accord - Universal) cet été et jusqu'au mois de novembre. Nous
donnerons "Le Triomphe de l'Amour" de Lully & Quinault qui est un ballet de
1681. C'est notre grand projet de l'année avec "Les Femmes Vengées". Nous
essayons de travailler à la fois sur la naissance de l'opéra en France à la
fois au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Le Triomphe de l'Amour" sera créé les 15 et 16 août dans le cadre du festival "Musique Baroque en Vendée" à La Chabotterie puis repris au théâtre de Bourg-en-Bresse dans le cadre du Festival d'Ambronay les 17 et 18 septembre, à
l'Opéra Royal de Versailles dans le cadre de la Saison du Centre de Musique
Baroque de Versailles (13 novembre) et enfin le 15 novembre au Théâtre de
Saint-Germain-en-Laye où l'oeuvre sera enregistrée pour Accord-Universal
(volume V de la collection Lully ou le Musicien du Soleil).
Puis paraîtra en octobre le volume IV de cette collection discographique que nous
avons enregistré l'an passé : "Le Bourgeois Gentilhomme".
Parallèlement, nous continuons nos concerts instrumentaux avec des musiques
de cérémonies à la cour de Louis XIV en bande de hautbois, trompettes et
percussions (le 8 juin à Sézanne, le 11 juin à Versailles dans le cadre du "Mois
Molière", le 6 juillet à Montsappey dans le cadre du Festival des Arts
Jaillissants, les 17 et 18 juillet à la Chabotterie dans le cadre de Musique
Baroque en Vendée, le 24/7 au Festival du Vigan). Je tiens également à
poursuivre ma carrière de flûtiste en proposant des récitals flûte et basse
continue (le 29 juin à Sospel dans le cadre des "Baroquiales" de Nice), flûte et
orchestre (le 10 novembre à Fontainebleau).
Je poursuis également des recherches sur littérature et musique notamment
sur Molière (Molière & Charpentier le 20 juin à Sèvres dans le cadre des
Concerts de Marivel, le 22 juin à Morez dans le cadre du Festival du Haut Jura)
sur Alexandre Dumas et ses "Mousquetaires" dont certains étaient musiciens
(le 5 octobre à Villers-Cotteret dans le cadre du bicentenaire de la naissance
d'A. Dumas), sur Racine.
Propos recueillis par Alexandre Pham
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