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S'il est bien une figure emblématique voire ancestrale d'une certaine conception du récital de clavecin, à la fois ascétique et impériale, c'est assurément du côté du "père" qu'il faut chercher : Gustav Leonhardt, claveciniste néerlandais de la première heure baroqueuse, à plus de 70 ans déjà, est devenu une sorte de mythe vivant. Un repère et un mentor, une "étoile" atypique dans la constellation désormais innombrable des clavecinistes vivants. C'est pourquoi à l'écoute de l'un de ses concerts, on reste médusé par le sérieux, raide et crispé, l'engagement total, la mine triste et grave, le recueillement supérieur de l'interprète qui redéfinit le clavecin non du côté des ors style Versailles mais plutôt vers un cabinet de travail, vers la musique à méditer tel un "exercice" intellectuel à partager. Son imagination ne s'autorise aucune liberté si elle ne sert un dessein légitime.
Depuis ses premiers concerts au début des années 50 jusqu'à son apparition dans le film de Straub, "Chroniques d'Anna Magdalena Bach" où il incarne J.-S. Bach lui-même (!) en 1967, le monstre sacré Leonhardt pèse de toute son expérience affûtée comme l'acier, dévoilant parfois sa part de mystère et de subtile poésie, désormais indiscutables. Le pionnier de la vague baroque en Europe incarne le premier souffle décisif des relectures "orthodoxes" quand Les frères Kuijken et Nikolaus Harnoncourt lui prêtaient entre autres, leur concours. Depuis lors, Leonhardt évoque parfaitement cette terre des origines, la Hollande et, Amsterdam, foyer septentrional de la "Conquête baroqueuse".
L'artiste poursuit sa carrière de soliste et nous réserve trois récitals absolument incontournables, par la force de l'engagement et l'élévation du jeu. Ce sera tout d'abord à Paris, aux Blancs-Manteaux, le 28 mai à 20h30. Le maître se produira au clavecin et à l'orgue dans un programme particulièrement riche : "Allemande sur la mort de Charles XI de Suède" de Ritter, "Fantasia en do mineur"de Kerckhoven, "Pavana 16" de Gibbons, " Pièces en la mineur" de Marchand, "Praeludium en sol mineur Bux 163" de Buxtehude, "Suite en ré majeur" de L. Couperin, "The King's Jewel" de Gibbons, "Toccata undecima" de Muffat, enfin "Variations sur "Ich gieng enmal spatieren" de Hassler. Suivront deux autres récitals en province, à Froville le 9 juin (Bach, Couperin), puis Maguelone, le 11 juin (Boehm, Bach, Anglebert, Pachelbel, Kerll, Ritter et W.F. Bach) au clavecin. Le clavier baroque, usé depuis les débuts baroqueux ? La santé communicante de l'un de ses premiers ambassadeurs vous convaincra du contraire.
Alexandre Pham
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