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Un vent furieusement "bouffon" continue de rugir au sein du Théâtre des Champs-Elysées. Après "Le Mariage Secret"de Cimarosa sous les doigts agiles de Christophe Rousset, voici un nouveau joyau de l'opéra buffa. Mais c'est un premier chef d'œuvre qui paraîtra à partir du 22 mai, et ce pour trois dates seulement, une partition qui nous plonge aux origines du genre : la Commedia dell' arte et ses comiques de situations les plus mordants mènent la danse. Opposition de classes, guerre des sexes, conflit entre les âges aussi sont les prétextes d'une musique endiablée. Outre qu'il s'agit de l'œuvre maîtresse d'un musicien mort trop jeune, que nous sommes en présence d'un ouvrage fulgurant en ce qu'il incarne une manière de modèle indiscutable du genre "bouffon", La Serva Padrona est créée en Italie en 1733, l'année ou Rameau inaugure sa première tragédie Lyrique, "Hyppolite et Aricie" à l'Opéra de Paris.
On voit bien ce qui détache Italiens et Français : la farce domestique d'un côté, la machinerie grand style de l'autre. D'ailleurs, quand cette Serva Padrona est jouée à Paris pour la première fois, en 1752, Pergolèse pourtant dans la tombe, sème les foudres d'une querelle esthétique particulièrement orageuse, la Querelle des Bouffons, qui oppose justement les partisans de la grâce réaliste des chanteurs italiens à la dignité de l'opéra tragique conçu par Lully. C'est Rousseau contre Rameau.
Succès de scandale, la pièce maîtresse de Pergolèse assiègera les cintres du Théâtre des Champs Elysées dans une mise en scène de Gilbert Deflo qui s'inspire du dispositif autrefois inauguré par Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan. Un travail sur les relations entre les êtres auquel répondra une "fosse" experte à exprimer la passion des situations les plus explosives, celle des instrumentistes du Concerto Köln, dirigés par Jonathan Darlington.
En 40 minutes de pures délices sulfureux, ceux ciselés par le génie d'un prodige napolitain, découvrez qui du riche barbon Uberto (Angelo Romero), ou de sa jeune servante qui donne le titre à la partition, Serpina (Anna Maria Panzarella), ou bien encore du serviteur muet (Enrico Maggi) saura asséner sa raison.
Théâtre des Champs-Elysées, les 22, 25 et 26 mai. Deux représentation par jour, sauf le 26 mai où l'œuvre sera exécutée à trois reprises, 11h, 14h30 enfin 16h30.
Alexandre Pham
Photo : David Tonnelier 2002
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