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C’est au chef d’orchestre Marc Minkowski que revient l’initiative de la célébration du centenaire de la création de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Célébration d’autant plus émouvante qu’elle aura lieu dans les murs mêmes de la création. Ceux qui connaissent les approches hors des sentiers battus du chef français et l’exigence philologique qui sous-tend ses interprétations savent à coup sûr que son Pelléas ne sonnera pas « comme d’habitude » et que sa lecture épousera de toute évidence les contours d’une re-création originale, voire originelle. D’autant plus originelle que la version minkowskienne risque d’être plus vraie, plus authentique que ne le fut vraisemblablement la création de l’ouvrage sous la baguette de André Messager le 30 avril 1902.
S’appuyant sur la conversation du compositeur avec Victor Segalen, Minkowski tient par exemple à respecter le souhait de Debussy de faire fusionner les bois et les cordes, de mélanger les bassons aux violoncelles, les clarinettes et hautbois aux violons, « pour que leur intervention soit autre chose que la chute d’un paquet ». Cette « dispersion des bois » accentue ainsi une spatialisation qui ne ressort guère des lectures traditionnelles s’appuyant pour la plupart sur la partition éditée par Durand. L’autre particularité de l’approche minkowskienne réside dans la réintégration des interludes initiaux, plus brefs car détachés des exigences scéniques, et donc plus conformes à la version concertante qui nous est proposée par le chef lors de cette célébration. Version de concert qui n’est pas pour déplaire à Minkowski, celle-ci permettant de faire ressortir la nature authentique de « poème symphonique mis en mots » que constitue à ses yeux l’ouvrage de Debussy. S’appuyant sur une distribution qui tient toutes ses promesses (Kozena, Bou, Le Roux, Varnier, Stutzmann), Minkowski dirigera pour cette occasion solennelle l’excellent Mahler Chamber Orchestra.
Opéra Comique de Paris, le 30 avril.
Erik Verhagen
Photo : D.R./Universal/Jorg Reichardt
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