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Décidément, Wagner est à l’honneur en France en ce printemps 2002. On ne compte plus les productions simultanées des drames de l’illustre Allemand présentées sur les scènes françaises, et cette déferlante wagnérienne est assez cocasse au moment où l’on s’apprête à fêter le centenaire de la création de Pelléas et Mélisande, opéra qui était conçu par Debussy comme une éclatante réaction aux principes wagnériens si répandus à l’époque. Toujours est-il qu’après Rienzi en février à Paris, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg à Toulouse et Le Vaisseau Fantôme à Bordeaux (donné également en ce moment à l’Opéra de Paris), c’est maintenant Tannhäuser que propose l’Opéra de Nancy du 21 avril au 5 mai (alors que le Grand Théâtre de Genève affiche une nouvelle production de Götterdämmerung à la fin du mois d’avril). Ainsi l’on aura pu entendre presque tous les opéras de jeunesse de Wagner ces derniers mois.
Car Tannhäuser appartient encore à cette catégorie, du fait même que Wagner le considérait comme une œuvre inachevée jusqu’à la fin de sa vie, et gardait, parmi ses projets, celui de remodeler l’opéra qu’il avait composé à trente-deux ans, en 1844, et dont nous possédons plusieurs versions, publiées par le compositeur, de son vivant, en 1845 puis en 1861. Il est vrai que le thème de cet opéra romantique en trois actes, dont Wagner a écrit lui-même le livret, est tout à fait emblématique, et que son auteur avait à cœur de le mener à bien. L’opéra relate en effet le conflit de Tannhäuser, un chanteur de l’époque médiévale, entre l’amour terrestre, incarné par Vénus dont il fut un temps l’amant au plus profond du Venusberg, et l’amour céleste, exalté par la pure Elisabeth, qui rachètera in extremis l’homme voué au péché et à la damnation éternelle. Mais Tannhäuser est aussi un artiste en marge des conventions, qui se singularise en rejetant les canons esthétiques de son temps : c’est ce que montre notamment la joute oratoire de l’acte II entre Tannhäuser et les Minnesänger réunis autour du Landgrave. Bref, l’œuvre de Wagner est, comme toujours dans ses opéras dits de jeunesse, annonciatrice des drames à venir, et trouve aussi des échos dans la vie de l’auteur.
Le personnage complexe de Tannhäuser sera incarné à Nancy par John Treleaven, qui aura à ses côtés le jeune et magnifique baryton allemand Dietrich Henschel dans le rôle de Wolfram von Eschenbach, et Elizabeth Meyer-Topsoe dans celui d’Elisabeth. La mise en scène est l’œuvre d’Andreas Baesler, et la direction musicale sera assurée par le jeune et dynamique chef de l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, Sebastian Lang-Lessing, dont la carrière, déjà riche de collaborations avec les Opéras de Paris, de Houston, de Berlin et de Stockholm, est en train de prendre de plus en plus d’importance, puisqu’il est aujourd’hui invité par l’un des plus prestigieux orchestres européens, le Gewandhaus de Leipzig.
Opéra de Nancy, du 21 avril au 5 mai 2002.
Christophe Corbier
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