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Pour sept soirées, le théâtre du Châtelet propose une nouvelle production d'un opéra de Richard Strauss, Arabella, de grande allure si l'on s'en tient aux interprètes convoqués : un chef « straussien » dont on ne présente plus son affinité jubilatoire dans ce répertoire, Christoph Von Dohnanyi, à la tête du Philharmonia Orchestra, avec sur scène dans un dispositif conçu par le metteur en scène Peter Mussbach, les solistes, Barbara Bonney, Karita Mattila, Thomas Hampson entre autres.
Les auteurs, Richard Strauss et son cher librettiste, Hugo Von Hofmannsthal, s'attaquent dans cette comédie lyrique en 3 actes, créée à Dresde en 1933, aux poncifs romanesques de l'amour. L'amour peut-il être plus fort que l'attrait du profit? Il s'agit du dernier texte écrit par l'immense écrivain de langue allemande. A Vienne, le comte Waldner entend redresser sa situation financière en mariant sa fille Arabella à un riche parti. Les soupirants ne manquent pas mais aucun ne trouve grâce aux yeux de la courtisée : finalement, rompant avec la fatalité des unions forcées, Arabella épousera le riche gentilhomme campagnard Mandryka, qui incarne l'époux idéal. Le prodige de l'amour est ainsi préservé et triomphant, il scelle la collaboration de Strauss et Hofmannsthal, l'une des plus admirables dans l'histoire de l'opéra. Il est vrai qu'en certains endroits de la partition, Arabella se souvient de leur précédent succès, Le chevalier à la rose, superbe évocation sensuelle et nostalgique de la Vienne baroque, donnée 23 années auparavant. Mais, ici les deux auteurs inscrivent l'intrigue d'Arabella dans la Vienne moderne, celle de 1866.
Strauss excelle à habiller la peinture des cours ciselée par Hofmannsthal, d'une somptueuse étoffe filée dans l'atelier de Mozart et de Wagner. Mais avec la jubilation supérieure qu'offre l'adéquation de la langue, véritable poésie en action concordante avec le flot musical. Hofmannsthal achève le texte d'Arabella quand est crée Hélène d'Egypte, autre opéra conçu avec Strauss, et représentée en 1929.
Ce qui intéresse Strauss autant que Hofmannsthal, c'est le portrait d'un milieu décadent comme revivifié par l'intrusion d'un sang neuf , c'est le miracle d'un impossible avenir désormais attesté dans un monde promis à la mort : « c'est la Vienne frivole, avide de plaisirs et criblée de dettes qui forme la toile de fond pour Mandrika, lui qui est auréolé de la pureté de ses villages, de ses forêts de chênes que la hache n'a encore jamais touché, de ses vieilles mélodies populaires. C'est ici l'espace de la grande Autriche à moitié slave qui pénètre la comédie viennoise pour y faire souffler un vent tout autre. » ainsi que l'écrit Hofmannsthal.
Cet hommage rendu à la Nature, seul berceau où la civilisation puisse renaître, où des cœurs purs pourront trouver l'asile, doit être compris comme le testament artistique d'un poète, qui donna au théâtre lyrique l'un de ses plus beaux textes, dans un ouvrage dont il ne devait jamais voir la réalisation. Hofmannsthal devait en effet mourir en juillet 1929, soit 4 ans avant que ne soit créée la partition.
Pour notre plus grand plaisir, Paris offre la production d'un opéra mésestimé et trop rare. Le plateau des solistes, la valeur du chef d'orchestre qui la saison dernière dirigea avec la maestria que l'on sait, un autre opéra de Richard Strauss, « Le Femme silencieuse » sur un livret de Stefan Zweig, le dispositif scénique annoncé, sont autant de promesses qui feront de ce nouveau spectacle du Châtelet, un volet incontournable de cette mi-saison 2002.
Alexandre Pham
Théâtre du Châtelet, les 10, 13, 16, 19, 22, 25 à 19h30 et le 28 avril 2002, à 16h.
Photos de costumes d’Andrea Schmidt-Futterer : MN Robert
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