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Rédacteur en chef : Alain Cochard
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08 Avril 2002 - Paris et Rouen au tempo mozartien


L'actualité d'avril met à l'honneur le génie du jeune Mozart au travers de deux de ses œuvres pour le théâtre : « Bastien et Bastienne » et « Idomeneo ».

La première s'inscrit à l'époque des tournées en Europe quand la famille Mozart, Léopold, le père, accompagné de ses deux rejetons, Wolfgang et sa sour aînée Nannerl, visitait les capitales afin de présenter les talents exceptionnels de sa progéniture, âgée d'à peine six ans pour le jeune Mozart. Les concerts se succèdent. La jeunesse de Mozart est marquée par ces déplacements incessants.

En 1768, Mozart a 12 ans. Mais le rythme des voyages n'a pas faibli. Après avoir fui Vienne où sévit une épidémie de variole, les Mozart se réfugient à Olmütz mais trop tard : le jeune prodige, Wolfgang, reste aveugle pendant une semaine. Rétabli, l'enfant qui est rentré à Vienne, en janvier 1768, compose son premier opéra, un ouvrage chambriste en allemand (singspiel), « Bastien et Bastienne », parodie du « Devin du village » de Jean-Jacques Rousseau. La partition est exécutée en octobre dans le théâtre-jardin du docteur Mesmer. Elle est reprise à Rouen dès le 16 avril prochain, sous la baguette de Laurence Equilbey, dans une mise en scène signée Claude Buchval. « Bastien et Bastienne » est plus qu'un « conte d'enfants pour enfants ». Premier essai d'œuvre théâtrale, premier défi lyrique signé par un compositeur de 12 ans. Le milieu musical de Vienne assistant à la première se méfie soudain d'un talent si prometteur. Et sa seconde œuvre lyrique qui paraît aussitôt, « La Finta Semplice », est empêchée à Vienne. L'œuvre sera finalement créée à Salzbourg le 1er mai 1769, devant la cour du prince archevêque Schrattenbach qui s'ennuyait de ne voir revenir ses chers Mozart, père et fils.

Avec « Bastien et Bastienne », Mozart n'en est pas à ses premiers coups musicaux : plusieurs sonates pour clavecin et violon, celles là même qu'il jouait avec sa sœur en tournée ; des symphonies et des concertos pour piano-forte. Il a même composé son premier drame « Apollo et Hyacinthus », intermezzo en italien joué à Salzbourg en mai 1767. C'est alors un jeune compositeur reconnu, prodige poussé par son père, qui est joué à Vienne. Le sujet est une « pastorale sentimentale ». Aidée de Colas (baryton), Bastienne (soprano) réussit enfin par stratagème, à ressusciter l'amour de Bastien qu'elle jugeait d'une « cruelle froideur ». L’Orchestre Leonard de Vinci sera sous la direction de Laurence Equilbey (photo ci-contre).

Autre coup de maître avec « Idomeneo » , représenté à Munich au Residenztheater le 29 janvier 1781, opera seria ambitieux d'un compositeur tout autant inspiré et expert dans son art, âgé de 25 ans. Depuis la fable enfantine de « Bastien et Bastienne », Mozart a écrit airs de concerts et opéras dont « Mithridate » (1770), « Lucio Silla » (1772), « La finta giardiniera » (1775), « Zaïde et Thamos » en 1780. Singspiel, opéras serias, opera buffa ou drame héroïque, le compositeur s'est essayé à tous les registres. Idomeneo marque l'aboutissement de la veine « seria ». Mozart n'écrira plus guère que sur le mode comique ou giocoso, signant ses grands œuvres dernières : Les Noces (opera Buffa), Don Giovanni (dramma giocoso) et Cosi fan lutte (opera buffa). Il ne reviendra à la veine « héroïque », celle du grand opéra mythologique qu'avec « La Clémence de Titus » représenté à Prague en 1791.

Le chef d'orchestre hongrois Ivan FISCHER ajoutera à la direction musicale, ses talents de metteur en scène pour la nouvelle production d'Idoménée, présentée par l'opéra Garnier à partir du 8 avril. Dans une partition manifestement influencée par la réforme que Gluck apporta à la tragédie française, et qui demeure l'opéra le plus ambitieux de Mozart, le travail des interprètes concerne plus que dans tout autre ouvrage scénique, la "totalité agissante" : et les solistes, et les chœurs... et l'orchestre. C'est dire que toute reprise de l'œuvre est toujours attendue, et avec raison, par les plus critiques. L'importance réservée aux chœurs, ici, le peuple des Crêtois, la « grandeur poétique » du tissu symphonique qui accompagne et commente l'histoire d'un bout à l'autre, la violence ou la sublime tendresse des airs pour solistes sont absolument nouveaux dans l'œuvre de leur auteur. Rien ne manque au livret de Varesco (qui s'insipre lui-même du français Antoine Danchet, lequel avait écrit le texte pour l'opéra de Campra, au siècle précédent) : "épaisseur" des héros, souffle épique des scènes collectives. La légende grecque se nourrit d'intrigues d'une superbe profondeur psychologique : Idomeneo qui a combattu les troyens aux côtés des grecs est de retour en Crête. Son fils Idamante aime Ilia, princesse troyenne, prisonnière des crétois. Mais Electre, la fille d'Agamemnon, aime Idamante. Sur fond d'un drame tragique où Idamante par la faute d'une promesse hasardeuse, doit être sacrifié par son propre père Idomeneo, l'opéra de Mozart décrit avec passion et tendresse, les sentiments contradictoires, les vertiges du cour, les oppositions inévitables entre la liberté des individus et les lois du Destin. Ici chantent un père et son fils, des amoureuses indécises, tout un peuple soucieux de paix. A ce titre, les personnages d'Electre et d'Ilia sont d'une saisissante force dramatique. Mais les autres caractères ne sont pas en reste. Le plateau vocal promet de bons moments en particulier grâce à la mezzo américaine Susan Graham qui tiendra le rôle d'Idamante et entre autres, sa consoeur Mary Mills dans le rôle d'Ilia, dont c'est une prise de rôle pour l'Opéra de Paris. Peuple gémissant, héros impliqués, panache orchestral : « Idomeneo » devrait simultanément aux représentations de Bastien et Bastienne, combler le cour des mozartiens, amateurs ou connaisseurs.

Alexandre Pham

« Idomeneo » à l'Opéra Garnier du 8 avril au 2 mai. « Bastien et Bastienne » à l'Opéra de Rouen à partir du 16 avril.
Photo : D.R.

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