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L'actualité d'avril met à l'honneur le génie du jeune Mozart au travers
de deux de ses œuvres pour le théâtre : « Bastien et Bastienne » et
« Idomeneo ».
La première s'inscrit à l'époque des tournées en Europe quand la famille
Mozart, Léopold, le père, accompagné de ses deux rejetons, Wolfgang et
sa sour aînée Nannerl, visitait les capitales afin de présenter les
talents exceptionnels de sa progéniture, âgée d'à peine six ans pour le
jeune Mozart. Les concerts se succèdent. La jeunesse de Mozart est
marquée par ces déplacements incessants.
En 1768, Mozart a 12 ans. Mais le rythme des voyages n'a pas faibli.
Après avoir fui Vienne où sévit une épidémie de variole, les Mozart se
réfugient à Olmütz mais trop tard : le jeune prodige, Wolfgang, reste
aveugle pendant une semaine. Rétabli, l'enfant qui est rentré à Vienne,
en janvier 1768, compose son premier opéra, un ouvrage chambriste en
allemand (singspiel), « Bastien et Bastienne », parodie du « Devin du
village » de Jean-Jacques Rousseau. La partition est exécutée en octobre
dans le théâtre-jardin du docteur Mesmer. Elle est reprise à Rouen dès
le 16 avril prochain, sous la baguette de Laurence Equilbey, dans une
mise en scène signée Claude Buchval. « Bastien et Bastienne » est plus
qu'un « conte d'enfants pour enfants ». Premier essai d'œuvre théâtrale,
premier défi lyrique signé par un compositeur de 12 ans. Le milieu
musical de Vienne assistant à la première se méfie soudain d'un talent
si prometteur. Et sa seconde œuvre lyrique qui paraît aussitôt, « La Finta
Semplice », est empêchée à Vienne. L'œuvre sera finalement créée à
Salzbourg le 1er mai 1769, devant la cour du prince archevêque
Schrattenbach qui s'ennuyait de ne voir revenir ses chers Mozart, père
et fils.
Avec « Bastien et Bastienne », Mozart n'en est pas à ses premiers coups
musicaux : plusieurs sonates pour clavecin et violon, celles là même
qu'il jouait avec sa sœur en tournée ; des symphonies et des concertos
pour piano-forte. Il a même composé son premier drame « Apollo et
Hyacinthus », intermezzo en italien joué à Salzbourg en mai 1767. C'est
alors un jeune compositeur reconnu, prodige poussé par son père, qui est
joué à Vienne. Le sujet est une « pastorale sentimentale ». Aidée de
Colas (baryton), Bastienne (soprano) réussit enfin par stratagème, à
ressusciter l'amour de Bastien qu'elle jugeait d'une « cruelle
froideur ». L’Orchestre Leonard de Vinci sera sous la direction de Laurence Equilbey (photo ci-contre).
Autre coup de maître avec « Idomeneo » , représenté à Munich au
Residenztheater le 29 janvier 1781, opera seria ambitieux d'un
compositeur tout autant inspiré et expert dans son art, âgé de 25 ans.
Depuis la fable enfantine de « Bastien et Bastienne », Mozart a écrit
airs de concerts et opéras dont « Mithridate » (1770), « Lucio Silla » (1772),
« La finta giardiniera » (1775), « Zaïde et Thamos » en 1780. Singspiel, opéras
serias, opera buffa ou drame héroïque, le compositeur s'est essayé à
tous les registres. Idomeneo marque l'aboutissement de la veine
« seria ». Mozart n'écrira plus guère que sur le mode comique ou
giocoso, signant ses grands œuvres dernières : Les Noces (opera Buffa),
Don Giovanni (dramma giocoso) et Cosi fan lutte (opera buffa). Il ne
reviendra à la veine « héroïque », celle du grand opéra mythologique
qu'avec « La Clémence de Titus » représenté à Prague en 1791.
Le chef d'orchestre hongrois Ivan FISCHER ajoutera à la direction
musicale, ses talents de metteur en scène pour la nouvelle production
d'Idoménée, présentée par l'opéra Garnier à partir du 8 avril. Dans une
partition manifestement influencée par la réforme que Gluck apporta à
la tragédie française, et qui demeure l'opéra le plus ambitieux de
Mozart, le travail des interprètes concerne plus que dans tout autre
ouvrage scénique, la "totalité agissante" : et les solistes, et les
chœurs... et l'orchestre. C'est dire que toute reprise de l'œuvre est
toujours attendue, et avec raison, par les plus critiques. L'importance
réservée aux chœurs, ici, le peuple des Crêtois, la « grandeur
poétique » du tissu symphonique qui accompagne et commente l'histoire
d'un bout à l'autre, la violence ou la sublime tendresse des airs pour
solistes sont absolument nouveaux dans l'œuvre de leur auteur. Rien ne
manque au livret de Varesco (qui s'insipre lui-même du français Antoine
Danchet, lequel avait écrit le texte pour l'opéra de Campra, au siècle
précédent) : "épaisseur" des héros, souffle épique des scènes
collectives. La légende grecque se nourrit d'intrigues d'une superbe
profondeur psychologique : Idomeneo qui a combattu les troyens aux côtés
des grecs est de retour en Crête. Son fils Idamante aime Ilia, princesse
troyenne, prisonnière des crétois. Mais Electre, la fille d'Agamemnon,
aime Idamante. Sur fond d'un drame tragique où Idamante par la faute
d'une promesse hasardeuse, doit être sacrifié par son propre père
Idomeneo, l'opéra de Mozart décrit avec passion et tendresse, les
sentiments contradictoires, les vertiges du cour, les oppositions
inévitables entre la liberté des individus et les lois du Destin. Ici
chantent un père et son fils, des amoureuses indécises, tout un peuple
soucieux de paix. A ce titre, les personnages d'Electre et d'Ilia sont
d'une saisissante force dramatique. Mais les autres caractères ne sont
pas en reste. Le plateau vocal promet de bons moments en particulier
grâce à la mezzo américaine Susan Graham qui tiendra le rôle d'Idamante et entre autres, sa
consoeur Mary Mills dans le rôle d'Ilia, dont c'est une prise de rôle
pour l'Opéra de Paris. Peuple gémissant, héros impliqués, panache
orchestral : « Idomeneo » devrait simultanément aux représentations de
Bastien et Bastienne, combler le cour des mozartiens, amateurs ou
connaisseurs.
Alexandre Pham
« Idomeneo » à l'Opéra Garnier du 8 avril au 2 mai. « Bastien et Bastienne » à l'Opéra de Rouen à partir du 16 avril.
Photo : D.R.
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