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A partir de la fin février et jusqu'en mai prochain, Ariane, Elektra, Arabella, le Chevalier à la rose et de nombreux concerts, partout en France, célèbrent le compositeur Richard Strauss. Strauss est à l'honneur des salles de concerts et des maisons d'opéra. Vit-on jamais pareille « perspective straussienne » ? Ce début d'année voit fleurir plusieurs productions des opéras de Richard Strauss, et de nombreux concerts partout en France qui se poursuivront au printemps. Ainsi c'est une véritable « déferlante » qui occupe le devant des scènes françaises, preuve que la musique du compositeur bavarois séduit toujours le cœur des mélomanes. Tour à tour, poèmes symphoniques et récitals lyriques, opéras (et non des moindres) et musique orchestrale célèbrent le génie d'un artiste qu'on a souvent tort de classer dans la catégorie des « éclectiques post wagnériens, pompiers et grandiloquents ». Pour preuve, son opéra de chambre, merveille de raffinement intimiste, qui puise chez Mozart et Molière, « Ariane à Naxos » est l'objet de deux productions différentes, à Lyon à partir du 22 février, puis à Marseille dès le 25 mai. Tour d'horizon des premières dates.
Paris ouvre les festivités : le 20 février, l'Opéra Bastille offre un récital Strauss du meilleur choix : Don Quichotte, poème symphonique opus 35 par l'orchestre de l'Opéra national de Paris dirigé par James Conlon. Puis, des extraits de la « Femme sans ombre » et de « Salomé » par la soprano Deborah Voigt.
Le lendemain, 21 février puis 23 février, les mélomanes lyonnais pourront entendre Christof Perick et l'orchestre national de Lyon dans la symphonie « Aus Italien », opus 16.
Mais le rendez vous incontournable sera la première production 2002 de Arianne Auf Naxos, opéra que Strauss écrivit avec le poète Hugo Von Hofmannsthal. Précédant Marseille, l'œuvre est à l'affiche de l'Opéra de Lyon à partir du 22 février quand débute simultanément à l'Opéra du Rhin, une nouvelle lecture d'Elektra signée Jan Latham-konig à la tête de l'orchestre philharmonique de Strasbourg et Stéphane Braunschweig pour la mise en scène. Nous voici au cour de la création théâtrale de Strauss, avant que ne débute le 14 mars, la reprise du « Chevalier à la Rose » à l'Opéra Bastille, dans la somptueuse mise en scène de Herbert Wernicke.
Le sujet d'Ariane illustre l'exigence des auteurs, Strauss et Hofmannsthal, que la notion de théâtre lyrique inspirent particulièrement. Ils incarnent après le duo légendaire Mozart/Da Ponte, une sorte de collaboration magique qui compte plusieurs chefs d'œuvre de l'opéra allemand. La gestation d' « Ariane » fut longue et compliquée. Après une première mouture maladroite, entre théâtre et musique (1911-1912), une seconde version, musicalement et dramatiquement plus cohérente voit le jour (1914-1917). L'on ne saurait insister sur l'apport exceptionnel qu'un écrivain de la trempe de Hofmannsthal, homme de théâtre et poète, fondateur avec Strauss et Reinhardt, du festival de Salzbourg, sut réserver à la musique. Pour Ariane, le poète écrit à la demande de Strauss, un « pastiche » dans le style des intermèdes de Lully et Molière, précisément, le Bourgeois Gentilhomme. Initialement l'ouvrage devait être représenté à la suite de la pièce de Molière! Dans la seconde version de l'ouvrage, la durée est rétrécie, et le drame musical, plus percutant. Le thème de la création et de l'art est abordé dans le Prologue grâce au personnage du « compositeur », rôle tenu par une mezzo-soprano : le feu de la jeunesse, serviteur d'un idéal artistique pur et non encore corrompu par l'expérience y est exalté avec lyrisme et sincérité. Dans l'opéra proprement dit, on retrouve la figure tragique d' Ariane abandonnée à Naxos par un trop volage Thésée. En proie à la folie, la jeune femme trahie, s'abandonne à la mort. Mais paraît Bacchus dont l'ivresse et la beauté arrogante la ressusciteront. La métamorphose suscitée par la magie de la rencontre est le centre de l'œuvre. Mais, pour user d'un principe souverain dans l'opéra baroque, Hofmannsthal et Strauss renforce les contrastes et imaginent en parallèle à la trame « sérieuse » léguée par la mythologie, une seconde action piquante, celle des « comédiens italiens », Arlequin, Truffaldin, Scaramouche et cie : en eux s'expriment l'exaltation des plaisirs simples, des amours badines, de la drôlerie facétieuse. Ainsi le personnage de Zerbinette, double d'Ariane, constitue une seconde figure de l'amour féminin, nourri autant de désillusion que d'espérance. Reste la musique : la partition de Strauss déroule une parure d'une exquise séduction parfaitement adaptée à la nostalgie et au propos philosophique de l'ouvrage. A Lyon puis Marseille, Ariane chantera la mort puis la résurrection dans l'amour dans une mise en scène de Günter Krämer, l'actuel directeur du théâtre de Cologne.
Opéra national de Lyon, du 22 février au 11 mars.
Agenda de l'actualité Richard Strauss :
« Le Chevalier à la rose », Opéra Bastille, Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris, direction : James Conlon. Mise en scène : Herbert Wernicke. Coproduction avec le Festival de Salzbourg. Du 14 mars au 7 avril.
« Arabella » au Théâtre du Châtelet. Philharmonia Orchestra, direction ; Christoph Von Dohnanyi. Karita Mattila, Barbara Bonney. Mise en scène : Peter Mussbach. Du 10 au 28 avril.
Deux concerts incontournables à la Salle Pleyel : Le 5 avril, « Ariane à Naxos », extrait (Natalie Dessaye), Till l'espiègle. L'Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach. Les 17 et 18 avril, le 19 avril à l'Auditorium de Dijon : Symphonie Alpestre opus 64. Orchestre de Paris, direction : Neeme Jarvi.
« Ariane à Naxos » à l'Opéra de Marseille. Du 25 avril au 5 mai. Orchestre de l'opéra de Marseille, direction : Michiyoshi Inoue. Mise en scène : Charles Rombaud.
Alexandre Pham
Photo : Gérard Amsellem
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